LIVRE VI, N. XXXVI, XXXVII
tous les supplians, de prendre entre leurs mains les enfans de ceux dont ils imploroient le secours, et de les présenter à leurs peres, comme pour les fléchir par leur entremise. » Ils disoient de la méme sorte qu'ayant Jésus-Christ présent dans le pain et dans le vin de la Cène, rien ne nous pouvoit empêcher de le présenter àson Pére pour nous le rendre propice ; et enfin ils concluoient « qu'il seroit plus.aisé aux moines d'établir leur transsubstantiation, qu'il ne seroit aisé de la combattre à ceux qui en la rejetant de parole, ne laissoient pas d'assurer que le pain étoit le corps essentiel (c’est-à-dire le propre corps) de Jésus-Christ. »
C'est Luther qui avoit dit à Smalcalde, et qui avoit fait souscrire à tout le parti, que le pain étoit le vrai corps de Notre-Seigneur, également recu par les saints et par les impies : c'est lui-méme qui avoit dit dans sa dernière confession de foi approuvée dans tout le parti, que «le pain de l'Eucharistie est le vrai corps naturel de Notre-Seigneur ‘. » Mélanchthon et toute la Saxe avoient recu cette doctrine avec tous les autres, car il falloit bien obéir à Luther : mais ils en revinrent aprés sa mort et reconnurent avec nous que ces mots : « Le pain est le vrai corps, » emporte nécessairement le changement du pain au corps, puisque le pain ne pouvant étre le corps en nature, il ne le peut devenir que par changement ; ainsi ils rejetèrent ouvertement la doctrine de leur maître. Mais ils passent encore plus avant dans la déclaration qu'on vient de voir, et ils confessent qu'en admettant, comme on avoit fait jusqu'alors parmi les luthériens, la présence réelle dans le pain, on ne peut plus empécher ni le sacrifice que les catholiques offrent à Dieu, ni l'adoration qu'ils rendent à Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
Leurs preuves sont convaincantes. Si Jésus-Christ est cru dans le pain, si la foi s'attache à lui dans cet état, cette foi peut-elle être sans adoration? Mais cette foi elle-méme n'emporte-t-elle pas nécessairement une adoration souveraine, puisqu'elle entraine l'invocation de Jésus-Christ comme Fils de Dieu et comme présent? La preuve du sacrifice n'est pas moins concluante : car, comme disent ces théologiens, si par les paroles sacramentales on rend
1 Art. 6, Concord., p. 330; ci-dessus liv. IV, n. 35; Parv. Confess., ci-dessus n. 14.
Doctrine de Luther changée incontinent aprés sa mort par les théologiens de Vitenberg.
Qu'on ne peut répondre aux raisonnemens de ces théologiens.
Les théologiens de Vitenberg reviennent au senliment de Luther, et pourquoi ?
Les seuls catholiques ont une doctrine suivie
Luther
plus furieux que jamais sur
Jésus-Christ présent dans le pain , cette présence de Jésus-Christ n'est-elle pas par elle-même agréable au Père, et peut-on sanctifier ses prières par une offrande plus sainte que par celle de Jésus-Christ présent? Que disent les catholiques davantage, et qu'est-ce que leur sacrifice, sinon Jésus-Christ présent dans le sacrement de l'Eucharistie, et représentant lui-même à son Père la victime par laquelle ila été apaisé? Il n'y a donc point de moyen d'éviter le sacrifice, non plus que l'adoration et la transsubstantiation, sans nier cette présence réelle de Jésus-Christ dans le pain. C'est ainsi que l'église de Vitenberg, la mère de la Réforme et celle d’où selon Calvin étoit sortie dans nos jours la Inmière de l'Evangile *, comme autrefois elle étoit sortie de Jérusalem , ne peut plus soutenir les sentimens de Luther qui l'a fondée. Tout se dément dans la doctrine de ce fondateur de la Réforme : il établit invinciblement le sens littéral et la présence réelle ; il en rejette les suites nécessaires soutenues par les catholiques. Si l'on admet avec lui la présence réelle dans le pain, on s'engage à la messe toute entière, et à la doctrine catholique sans réserve. Cela paroit trop fácheux à la nouvelle Réforme, qui ne sait plus à quoi elle est bonne, s'il faut approuver ces choses et le culte de l'Eglise romaine tout entier. Mais d'autre part, qu'y a-t-il de plus chimérique qu'une présence réelle séparée du pain et du vin? N'est-ce pas en montrant le pain et le vin que Jésus-Christ a dit : « Ceci est mon corps? » A-t-il dit que nous dussions recevoir son corps et son sang détachés des choses oü il lui a plu de les renfermer ; etsi nous avons à en recevoir la propre substance, ne faut-il pas que ce soit de la manière qu'il l’a déclaré en instituant ce mystère ? Dans ces embarras inévitables le désir d’ôter la messe l'emporta ; mais le moyen que prit Mélanchthon avee les Saxons pour la détruire étoit si mauvais, qu'il ne put subsister. Ceux de Vitenberg et de Leipsick en revinrent eux-mêmes bientôt après ; et l'opinion de Luther, qui mettoit le corps dans le pain, demeura ferme. Pendant que ce chef des réformateurs tiroit à sa fin, il devenoit tous les jours plus furieux. Ses thèses contre les docteurs de Louvain en sont une preuve; et je ne crois pas que ses disciples puis- 1 Epist. Calv., p. 590.