‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 127 sur 387 · LIVRE VI, N. XL · texte numérisé non relu

LIVRE VI, N. XL

sent voir sans honte, jusque dans les dernières années de sa vie, le prodigieux égarement de son esprit. Tantót il fait le bouffon , mais dela maniere du monde la plus plate : il remplit toutes ses théses de ces misérables équivoques : vaccultas, au lieu de facultas ; cacolyca Ecclesia , au lieu de catholica, parce qu'il trouve dans ces deux mots, vaccultas et cacolyca , une froide allusion avec les vaches , les méchans et les loups. Pour se moquer de la coutume d'appeler les docteurs nos maitres, il appelle toujours ceux de Louvain nostrolli magistrolli, bruta magistrollia, croyant les rendre fort odieux ou fort méprisables par ces ridicules diminutifs qu'il invente. Quand il veut parler plus sérieusement, il appelle ces docteurs « de vraies bêtes, des pourceaux, des épicu- “riens, des paiens, et des athées, qui ne connoissent d'autre pénitence que celle de Judas et de Saül, qui prennent non de l’Ecriture, mais de la doctrine des hommes, tout ce qu'ils vomissent; » et il ajoute, ce que je n'ose traduire, quidquid ructant, vomunt , et cacant. C'est ainsi qu'il oublioit toute pudeur; et ne se soucioit pas de s'immoler lui-méme à la risée publique, pourvu qu'il poussát tout à l'extrémité contre ses adversaires.

Il ne traitoit pas mieux les zuingliens ; et outre ce qu'il avoit '

dit du Sacrement adorable , qui détruisoit leur doctrine de fond en comble , il déclaroit sérieusement « qu'ils les tenoit hérétiques et éloignés (a) de l'Eglise de Dieu '. » il écrivit en méme temps la fameuse lettre où, sur ce que les zuingliens l'avoient appelé malheureux : « Ils m'ont fait plaisir, dit-il : moi donc, le plus malheureux de tous les hommes, je m'estime heureux d'une seule chose et ne veux que cette béatitude du Psalmiste : Heureux l'homme qui n'a point été dans le conseil des sacramentaires , et qui n'a jamais marché dans les voies des zuingliens, ni ne s'est assis dans la chaire de ceux de Zurich. » Mélanchthon et ses amis étoient honteux de tous les excès de leur chef. On en murmuroit sourdement dans le parti, mais personne n'osoit parler. Si les sacramentaires se plaignoient à Mélanchthon et aux autres qui leur étoient plus affectionnés, des emportemens de Luther, ils répon-

1 Cont. art. Lov., thes. 28; Hosp., 199.

(a) 4r édit. : Qu'il les tenoit pour éloignés de l'Eglise de Dieu.

la fin de ses jours:

ses emportemens contre les docteurs de Louvain

Ses derniers senlimens sur les zuingliens.

doient « qu'il adoucissoit les expressions de ses livres par ses discours familiers , et les consoloient sur ce que leur maître, lorsqu'il étoit échauffé , disoit plus qu'il ne vouloit dire !; » ce qui «étoit, disoient-ils, un grand inconvénient, » mais où ils ne voyoient point de reméde.

- XUL La lettre qu'on vient de voir est du 25 janvier 1546. Le 48 fé- Lu. vrier suivant, Luther mourut. Les zuingliens, qui ne purent lui "^ refuser des louanges sans ruiner la réformation dont il avoit été l'auteur, pour se consoler de l'inimitié implacable qu'il avoit témoignée contre eux jusqu’à la mort, débitèrent quelques entretiens qu’ils avoit eus avec ses amis, où ils prétendent qu'il s'étoit beaucoup adouci. Il n’y a aucune apparence dans ces récits, mais au fond il importe peu pour le dessein de cet ouvrage. Ce n'est pas les entretiens particuliers que j'écris, mais seulement les actes et les ouvrages publics; etsi Luther avoit donné ces nouvelles marques de son inconstance, ce seroit en tout cas aux luthériens à nous fournir des moyens de le défendre.

Ns Pour ne rien omettre de ce que je sais sur ce fait, je veux bien T we remarquer encore que je trouve dans l'Histoire de la Réforme x. Dumet Q Angleterre, de M. Burnet, un écrit de Luther à Bucer qu'on "ivt de nous y donne avec ce titre : Papier concernant la réconciliation UP" avec les zuingliens. Cette pièce de M. Burnet, pourvu qu’on la voie, non pas dans l'extrait que cet adroit historien en a fait dans son histoire, mais comme elle se trouve dans son Zecueil de pièces ?, fera voir les extravagances qui passent dans l'esprit des novateurs. Luther commence par cette remarque, « qu'il ne faut point dire qu'on ne s'entende pas les uns les autres. » C'est ce que Bucer (a) prétendoit toujours, qu'on ne disputoit que des mots, et qu'on ne s'entendoit pas : mais Luther ne pouvoit souffrir cette illusion. En second lieu, il propose « une nouvelle pensée » pqur concilier les deux opinions. «Il faut, dit-il, que les défenseurs du sens figuré accordent que Jésus-Christ est vraiment présent : et nous, poursuit-il, nous accorderons que le seul pain est mangé, » 1 Epist. Crucig. ad Vit. Theod.; Hosp., p. 194, 199, etc. — ? Tom. II, liv. I, an. 1549, p. 159; Collect. des pièces, 11e part., liv. I, n. 34.

(a) C'est que Bucer.

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