‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 141 sur 387 · LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, III · texte numérisé non relu

LIVRE VI, PIÈCES JUSTIFICATIVES, III

règne du très-puissant et très-victorieux Empereur Charles-Quint, notre très-clément Seigneur , sont comparus devant moi notaire et témoin soussigné, dans la ville de Rotembourg, au château de la méme ville, le Sérénissime Prince et Seigneur Philippe, landgrave de Hesse, comte de Catzenlenbogen, de Dietz, de Ziegenhain, et de Nidda, assisté de quelques conseillers de Son Altesse, d’une part; et honnête et vertueuse fille , Marguerite de Saal, assistée de quelques-uns de ses parens de l'autre part ; dans l'intention et la volonté déclarée publiquement devant moi notaire et témoin public, de s'unir par mariage : et ensuite mon trésclément Seigneur et Prince Landgrave a fait proposer ceci par le révérend Denis Mélander, prédicateur de Son Altesse. Comme l’œil de Dieu pénétre toutes choses, et qu'il en échappe peu à la connoissance des hom mes , Son Altesse déclare qu'elle veut épouser la méme fille Marguerite de Saal, quoique la princesse sa femme soit encore vivante; et pour empécher que l'on n'impute cette action à inconstance ou à curiosité, pour éviter le scandale et conserver l'honneur à la méme fille . et la réputation de sa parenté, Son Altesse jure-ici devant Dieu, et sur son ame et sa conscience, qu'elle ne la prend à femme ni par légèreté, ni par curiosité, ni par aucun mépris du droit ou des supérieurs ; mais qu'elle y est obligée par de certaines nécessités si importantes et si inévitables de corps et de conscience; en sorte qu'il lui est impossible de sauver sa vie et de vivre selon Dieu , à moins que d'ajouter une seconde femme à la première. Que Son Altesse s'en est expliquée à beaucoup de prédicateurs doctes, dévots, prudens et chrétiens, et qu'elle les a là-dessus consultés. Que ces grands personnages, aprés avoir examiné les motifs qui leur avoient été représentés , ont conseillé à Son Altesse de mettre son ame et sa conscience en repos par un double mariage. Que la méme cause et la méme nécessité ont obligé la sérénissime princesse Christine , duchesse de Saxe, premiére femme légitime de Son Altesse, par la haute prudence et parla dévotion sincére;qui la rendent si recommandable, à consentir de bonne grace qu'on lui donne une compagne, afin que l'ame et le corps de son trés-cher époux ne courent plus de risque et que la gloire de Dieu en'soit augmentée , comme le billet écrit de la propre main de cette princesse le témoigne suffisamment. Et de peur que l'on n'en prenne occasion de scandale, sur ce que ce n'est pas la coutume d'avoir deux femmes , quoique cela soit chré- . tien et permis dans le cas dont il s'agit, Son Altesse ne veut pas célébrer les présentes noces à la mode ordinaire, c'est-à-dire publiquement, devant plusieurs personnes et avec les cérémonies accoutumées, avec la méme Marguerite de Saal; mais l'un et l'autrg veulent ici se joindre par mariage en secret et en silence, sans qu'aucun autre en ait connoissance que les témoins ci-dessous signés. Aprés que Mélander eüt achevé de parler, le méme Philippe et la méme Marguerite se sont acceptés

M. Philippi Melanchthonis, M. Martini Buceri, Dionysii Melandri; etiam in presentiá strenuorum ac præstantium Eberhardi de Than, electoralis Consiliarii , Hermanni de Malsberg, Hermanni de Hundelshausen, domini Johannis Fegg Cancellariæ, Rodolphi Schenck , ac honeste ac virtuose domine Anne nate de Miltitz , viduæ defuncti Joannis de Saal , memorat: sponse matris, tanquam ad hunc actum requisitorum testium.

Et ego, Balthasar Rand de Fulda, potestate Cesaris notarius publicus, qui huic sermoni, instructioni , et matrimoniali sponsioni, et copulationi cum suprà memoratis testibus interfui, et h»c omnia et singula audivi et vidi, et tanquam notarius publicus requisitus fui, hoc instrumentum publicum meá manu scripsi et subscripsi, et consueto sigillo munivi in fidem et testimonium. BALTHAsAR RAND.

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