‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 221 sur 387 · LIVRE IX, N. CII, CHI · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. CII, CHI

vos furies pour allumer le feu dont toute la France est embrasée ; mais il faut bien prendre garde pourquoy on vous presse tant de la recevoir veü que sa mollesse a toujours déplù aux gens de bon sens; que Mélanchthon son auteur s'est souvent repenti de l'avoir dressée ; et qu'enfin elle est tournée en beaucoup d'endroits à l'usage de l'Allemagne ; outre que sa briéveté obscure et défectueuse a cela de mal, qu'elle omet plusieurs articles de trés-grande importance !. »

On voit donc bien que ce n'étoit pas le seul article de la Cène, mais en général tout le gros de la Confession d'Augsbourg qui lui déplaisoit. On n'exceptoit néanmoins que cet article : encore, quand il s'agissoit de l'Allemagne , souvent on ne trouvoit pas à propos de l'excepter.

C'est ce qui paroit par une lettre du méme Calvin écrite pa- .

reillement durant le colloque, afin que l'on voie combien de différens personnages il faisoit dans le méme temps. Ce fut donc en ce méme temps et en l'an 1561, qu'il écrivit aux princes d'Allemagne pour ceux de la ville de Strasbourg une lettre, où il leur fait dire d'abord , « qu'ils sont du nombre de ceux qui recoivent en tout la Confession d Augsbourg , méme dans l’article de la Cène ?, » et ajoute « que la reine d'Angleterre ( c'étoit la reine Elisabeth), quoyqu'elle approuve la Confession d? Augsbourg, rejette les facons de parler charnelles » d'Heshusius, et des autres qui ne pouvoient supporter ni Calvin , ni Bèze, ni Pierre Martyr, ni Mélanehthon méme, qu'ils accusoient de relâchement sur le sujet de la Cène.

On voit la méme conduite dans la confession de foi de l'électeur Fridérie IT, comte palatin , rapportée dans le Recueil de Genève : confession toute calvinienne et ennemie , s'il en fut jamais, de la présence réelle, puisque ce prince y déclare que Jésus-Christ n'est dans la Cène «en aucune sorte, ni visible, ni invisible, ni incompréhensible , ni compréhensible , mais seulement dans le ciel ?. » Et toutefois son fils et son successeur Jean Casimir, dans la préface qu'il met à la tête de cette confession , dit expressément que son pere « ne s'est jamais départi de la Confession d'Augsbowurg, ni

1 Ep., p. 342. — ? Ep., p. 394. — 3 Synt. Gen., Me part., p. 141, 142.

Combien de différens personnages jouèrent alors Calvin et les calvinistes sur la Confession d'Augsbourg.

Pareille dissimulation dans l'électeur Fridérie IT.

Ménagement de

Calvin sur

l’article x de la Confession d'Augsbourg.

même de l’Apologie qui y fut jointe : » c’est celle de Mélanchthon, que nous avons vue si précise pour la présence réelle; et si on ne vouloit pas en croire le fils, le père même dans le corps de sa confession déclare la même chose dans les mêmes termes.

C'étoit donc une mode assez établie, méme parmi les calvinistes, d'approuver purement et simplement la Confession d' Augsbourg quand il s'agissoit de l'Allemagne , ou par un certain respect pour Luther, auteur de toute la réformation prétendue, ou parce qu'en Allemagne la seule Confession d'Augsbourg avoit été | tolérée par les Etats de l'Empire : et hors de l’Empire méme, elle avoit une si grande autorité, que Calvin et les calvinistes n'osoient dire qu'ils s'en éloignoient qu'avec beaucoup d'égards et de précautions , puisque méme dans l'exception qu'ils faisoient souvent du seul article de la Cène, ils se sauvoient plutôt par les éditions diverses et les divers sens de cet article, qu'ils ne le rejetoient absolument *. |

En effet Calvin , qui traite si mal la Confession d' Augsbourg quand il parle confidemment avec les siens, garde un respect apparent pour elle partout ailleurs, méme à l'égard de l'article de la Cene, en disant qu'il le recoit en l'expliquant sainement, et comme Mélanchthon auteur de la Confession l’entendoit lui-même ?. Mais il n’y a rien de plus vain que cette défaite , parce qu'eneore que Mélanchthon tint la plume lorsqu'on dressa cette confession de foi,ily exposoit, non pas sa doctrine particulière, mais celle de Luther et de tout le parti, dont il étoit l'interpréte et comme » secrétaire, ainsi qu'il le déclare souvent.

Et quand dans un acte publie on pourroit s'en rapporter tout à fait au sentiment particulier de celui qui l'a rédigé , il faudroit toujours regarder, non pas ce que Mélanchthon a pensé depuis, mais ce que Mélanchthon pensoit alors avec tous ceux de sa seete, n'y ayant aucun sujet de douter qu'il n'ait tàché d'expliquer naturellement ce qu'ils croyoient tous , d'autant plus que nous avons vu qu'en ce temps il rejetoit le sens figuré d'aussi bonne foi que Luther; et qu'encore que dans la suite il ait biaisé en plusieurs manières, jamais il ne l'a ouvertement approuvé.

1 Ep., p..3195 I1 af ult.; Adm. ad Vest. — ? Ibid.

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