‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 220 sur 387 · LIVRE IX, N. XCIX, C · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. XCIX, C

La réformation de la discipline ne réussit guère mieux : on fit de belles propositions et de beaux discours dont on ne vit que peu d'effet. L'évéque de Valence discourut admirablement à son ordinaire contre les abus et sur les obligations des évêques, principalement sur celle de la résidence qu'il gardoit moins que personne. En récompense il ne dit mot de l'exacte observation du célibat , que les Péres nous ont toujours proposé comme le plus bel ornement de l'ordre ecclésiastique. Il n'avoit pas craint de la violer malgré les canons par un mariage secret; et d'ailleurs un historien protestant, qui ne laisse pas de lui donner « tous les caractères d'un grand homme !, » nous a fait voir ses emportemens, son avarice et les désordres de sa vie, qui éclatèrent jusqu'en Irlande de la maniére du monde la plus scandaleuse. Il ne laissoit pas de tonner contre les vices, et sut faire voir qu'il étoit du nombre de ces merveilleux réformateurs toujours préts à tout corriger et à tout reprendre, pourvu qu'on ne touche pas à leurs inclinations corrompues.

Pour ce qui est des calvinistes, ils regardèrent comme un triomphe qu'on les eût seulement ouis dans une telle assemblée. Mais ce triomphe imaginaire fut court (a). Le cardinal de Lorraine dès longtemps avoit médité en lui-même de leur proposer la signature de l’article x de la Confession d'Ausgbourg : s'ils le signoient, e'étoit embrasser la réalité, que tous ceux dela Confession d’Augsbourg défendoient avec tant de zèle, et refuser cette signature, c'étoit dans un point essentiel condamner Luther et les siens, constamment les premiers auteurs de la nouvelle réformation et son principal appui. Pour faire mieux éclater aux yeux de toute la France la division de tous ces réformateurs, le cardinal avoit pris de loin des mesures avec les luthériens d'Allemagne, afin qu'on lui envoyât!itrois ou quatre de leurs principaux docteurs, qui paroissant à Poissy, sous prétexte de concilier tout d'un coup tous les différends, y combattroient les calvinistes. Ainsi on auroit vu ees nouveaux docteurs qui tous donnoient l'Ecriture pour si claire, se presser mutuellement par son autorité sans

1 Voyez ci-dessus, liv. VII, n. 7.

(a) 1re édit. : Eut son rabat-joie.

Vain discours de l'évéque

de Valence sur la ré- Tormation des mœurs

On propose aux calvinistes l'article x de la Confession d'Augsbourg , et ils refusent de le si-

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jamais pouvoir convenir de rien. Les docteurs luthériens vinrent trop tard; mais le cardinal ne laissa pas de faire sa proposition. Bèze et les siens résolus de ne point souscrire au x* article qu'on leur proposoit, crurent s'échapper en demandant de leur côté aux catholiques s'ils vouloient souscrire le reste; qu'ainsi tout seroit d'aecord , à la réserve du seul article de la Cène : subtile , mais vaine défaite. Car les catholiques au fond n'avoient à se soucier en aucune sorte de l'autorité de Luther ni de la Confession d' Augsbourg ou de ses défenseurs ; et c'étoit aux calvinistes à les ménager, de peur de porter la condamnation jusqu'à l'origine de la Réforme :. Quoi qu'il en soit, le cardinal n'en tira rien davantage, et content d'avoir fait paroitre à toute la France que ce parti de réformateurs qui paroissoit au dehors si redoutable, étoit si foible au dedans par ses divisions , il laissa séparer l'assemblée. Mais Antoine de Bourbon, roi de Navarre et premier prince du sang , jusqu'alors assez favorable au nouveau parti qu'il ne connoissoit que sous le nom de Luther, s'en désabusa ; et au lieu de la piété qu'il y eroyoit auparavant , il commenca dés lors à n'y reconnoitre qu'un zèle amer et un prodigieux entétement.

CI. Au reste ce ne fut pas un petit avantage pour la bonne cause rt d’avoir obligé les calvinistes à recevoir de nouveau dans une telle a. assemblée toute la Confession d’Augsbourg, à la réserve du seul Me article de la Cène, puisque, comme nous avons vu, ils renoncoient dans tous s . . . & les autres par ce moyen à tant de points importans de leur doctrine. Bèze pm néanmoins trancha le mot, et en fit solennellement la déclaration ni^" qu consentement de tous ses collègues. Mais quoique la politique et le désir de s'appuyer autant qu'ils pouvoient de la Confession d'Augsbourg, leur ait fait dire en cette occasion, comme en beaucoup d'autres , ils avoient toute autre chose dans le cœur : et on n'en peut douter, quand on voit quelle instruction ils reçurent de Calvin méme durant le colloque. « Vous devez , dit-il , prendre garde vous autres qui assistez au colloque , qu'en voulant trop soütenir vostre bon droit, vous ne paroissiez opiniátres, et ne fassiez rejeter sur vous toute la faute de la rupture. Vous savez que la Confession d'Augsbourg est le flambeau dont se servent 1 Ep. Bez. ad Calv., inter Calv., ep., p. 345, 341.

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