LIVRE X, N. XX-XXII. I
que ces actes n'attribuolent pas la juridiction épiscopale à la royauté : mais tout cela n'est que des paroles, puisqu'au fond il demeure toujours pour certain que nul acte ecclésiastique n'a de force dans ce royaume-là , non plus qu'en celui d'Angleterre , si le roi et le Parlement ne les autorisent.
Javoue que nos calvinistes paroissent bien éloignés de cette doctrine; et je trouve non-seulement dans Calvin ; Comme je l'ai déjà dit, mais encore dans les synodes nationaux, des condamnations expresses de ceux qui confondent le gouvernement civil avec le gouvernement ecclésiastique , « en faisant le magistrat chef de l'Eglise , ou en soumettant au peuple le gouvernement ecclésiastique*. » Mais il n'y a rien parmi ces messieurs qui ne s'accommode, pourvu qu'on soit ennemi du Pape et de Rome: tellement qu'à force d'explications et d'équivoques les calvinistes ont été gagnés, et on les a fait venir en Angleterre jusqu'à souscrire la suprématie.
On voit par toute la suite des actes que nous avons rapportés, que c'est en vain qu'on noüs veut persuader que sous le régne d'Elisabeth cette suprématie ait été réduite à des termes plus raisonnables que sous les régnes précédens ?, puisqu'on n'y voit au contraire aucun adoucissement dans le fond. Un des fruits de la primauté fut que la reine envahit les restes des biens de l'Eglise sous prétexte d'échanges désavantageux , même ceux des évóchés, qui seuls jusqu'alors étoient demeurés sacrés et inviolables 5. A l'exemple du roi son père, pour engager sa noblesse dans les intérêts de la primauté et de la Réforme, elle leur fit don d'une partie de ces biens sacrés ; et cet état de l'église, mis sous le joug dans son spirituel et dans son temporel tout ensemble , Sappelle la réformation de l'Eglise, et le rétablissement de la pureté évangélique.
Cependant , si on doit juger selon la règle de l'Evangile de cette réformation par ses fruits , il n'y a jamais eu rien de plus déplorable, puisque l'effet qu'a produit ce misérable asservissement du clergé , c'est que la religion n'y a plus été qu'une politique : on y
1 Syn. de Paris, 1565; Syn. de la Rochelle, 4511. — ? Burn., liv. HI, p. 571, 592, ete. — * Thuan., lib. XXI, 1559; Burn., liv. Ill, p. 584.
Doctrine * anglicane qui fait le roi chef de l'église, condamnée par les calvinistes
On achéve de dépouil-
ler les
églises.
Passage mémora-
ble de M. Burnet sur la réformation anglicane.
L'inamissibilité de la justice
rejetée par l'église anglicane,
a fait tout ce qu'ont voulu les rois. La réformation d'Edouard, où l'on avoit changé toute celle de Henri VIIT, a changé elle-méme en un moment sous Marie, et Elisabeth a détruit en deux ans tout ce que Marie avoit fait.
Les évéques réduits à quatorze, demeurèrent fermes avec cinquante. ou soixante ecclésiastiques ' : mais, à la réserve d'un si petit nombre dans un si grand royaume, tout le reste fut entrainé par les décisions d'Elisabeth avec si peu d'attachement à la doctrine nouvelle qu'on leur faisoit embrasser, « qu'il y a mesme de l'apparence , de l'aveu de M. Burnet, que si le regne d'Elisabeth eust esté court, et si un prince de la communion romaine eust pu parvenir à la couronne avant la mort de tous ceux de cette génération, on les auroit veüs changer avec autant de facilité qu'ils avoient fait sous l'autorité de Marie ?. »
Dans cette méme confession de foi confirmée sous Elisabeth en 1562, il y a deux points importans sur la justification. Dans lun on rejette assez clairement l'inamissibilité de la justice, en déclarant « qu'après avoir recu le Saint-Esprit nous pouvons nous éloigner de la grace donnée , et ensuite nous relever et nous corriger?.» Dans l'autre la certitude de la prédestination semble tout à fait excluse, lorsqu'aprés avoir dit que « la doctrine de la prédestination est pleine de consolation pour les vrais fidèles, en confirmant la foi que nous avons d'obtenir le salut par Jésus- Christ, » on ajoute « qu'elle précipite les hommes charnels ou dans le désespoir, ou dans une pernicieuse sécurité malgré leur mauvaise vie. » Et on conclut « qu'il faut embrasser les promesses divines comme elles nous sont proposées en termes généraux dans l'Ecriture , et suivre dans nos actions la volonté de Dieu, comme elle est expressément révélée dans sa parole; » ce qui semble exclure cette certitude spéciale où on oblige chaque fidèle en particulier à croire, comme de foi, qu'il est du nombre des élus et compris dans ce décret absolu par lequel Dieu les veut sauver : doctrine , qui en effet ne plait guère aux protestans d'Angleterre, quoique non-seulement ils la souffrent dans les calvinistes , mais
1 Burn., liv. III, p. 594. — ? 1bid., 595. — 3 Synt. Gen., 1 part.; Conf. Angl., art. 46, 17, p. 102.