‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 232 sur 387 · LIVRE X, N. XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. XXXII

qui se jeta dans la conspiration par toutes les provinces du royaume. Aussi avons-nous vu’ que le même Bèze accuse « de déloyauté » ces deux fidèles sujets, qui seuls dans tout le parti eurent horreur du complot et le découvrirent : de sorte que, de l'avis des ministres, ceux qui entrérent dans ce noir dessein sontles gens de bien, et ceux qui le découvrirent sont les perfides.

Il ne sert de rien de dire que La Renaudie et tous les conjurés protestèrent qu'ils ne vouloient rien attenter contre le roi, ni contre la reine, ni contre la famille royale : car s'ensuit-il qu'on soit innocent pour n'avoir pas formé le dessein d'un si exécrable parricide? N'étoit-ce rien dans un Etat que d'y révoquer en doute la majorité du roi, et d'éluder les lois anciennes qui la mettoient à quatorze ans du commun consentement de tous les ordres du royaume ? ? d'entreprendre sur ce prétexte de lui donner un conseil tel qu'on voudroit? d'entrer dans son palais à main armée? de l'assaillir et de le forcer? d'enlever dans cet asile sacré et entre les mains du roi le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, à cause que le roi se servoit de leurs conseils? d'exposer toute la cour et la propre personne du roi à toutesles violences et à tout le carnage qu'une attaque si tumultuaire et l'obscurité de la nuit pouvoit produire? enfin de prendre les armes par tout le royaume, avec résolution de ne les poser qu'aprés qu'on auroit forcé le roi à faire tout ce qu'on vouloit?? Quand il ne faudroit ici regarder que l'injure particulière qu'on faisoit aux Guises, quel droit avoit le prince de Condé de disposer de ces princes; de les livrer entre les mains de leurs ennemis, qui, de l'aveu de Bèze *, faisoient une grande partie des conjurés; et d'employer le fer contre eux, comme parle M. de Thou 5, s'ils ne consentoient pas volontairement à se retirer des affaires? Quoi! sous prétexte d'une commission particulière donnée, comme le dit Béze*, «à des hommes d'une prud'hommie bien approuvée (tel qu'étoit un La Renaudie), de s'enquérir secrètement, et toutefois bien et exactement des

1 Ci-dessus, n. 26. — ? Ordonnance de Charles V, 1373 et 74, et les suiv. — 3 Voyez La Poplin., liv. VI, 155 et suiv. — * Bèze, p. 250. — 5 Thu., p. 732, 138. — * Beze, ibid.

La protestation des conjurés ne les juslifie pas.

Mollesse et connivence de Calvin.

charges imposées à ceux de Guise, » un prince du sang , de son autorité particulière les tiendra pour bien convaincus, et les mettra au pouvoir de ceux qu'il saura étre «aiguillonnez d'appétit de vengeance pour les outrages receüs d'eux, tant en leurs personnes que de leurs parents et alliez! » car c'est ainsi que parle Bèze. Que devient la société, si de tels attentats sont permis? Mais que devient la royauté, si on ose les exécuter à main armée dans le propre palais du roi, arracher ses ministres d'entre ses bras, le mettre en tutelle, mettre sa personne sacrée dans le pouvoir des séditieux qui se seroient emparés de son château, et soutenir un tel attentat par une guerre entreprise dans tout le royaume? Voilà le fruit des conseils « des plus doctes théologiens » réformés « et des jurisconsultes du plus grand renom.» Voilà ce que Bèze approuve, et ce que défendent encore aujourd'hui les protestans !.

On nous allégue Calvin, qui aprés que l'entreprise eut manqué, a écrit deux lettres, où il témoigne qu'il ne l'avoit jamais approuvée?. Mais lorsqu'on est averti d'un complot de cette nature, en est-on quitte pour le blàmer sans se mettre autrement en peine d'empéeher le progrès d'un crime si noir? Si Bèze eût cru que Calvin eüt autant détesté cette entreprise qu'elle méritoit de l'étre, l'auroit-il approuvée lui-méme, et nous auroit-il vanté l'approbation « des plus doctes théologiens » du parti? Qui ne voit donc que Calvin agit ici trop mollement, et ne se mit guére en peine qu'on hasardât la conjuration, pourvu qu'il pàt s'en disculper en' cas que le succès en füt mauvais? Si nous en croyons Brantôme, l'amiral étoit bien dans une meilleure disposition? : et les écrivains protestans nous vantent ce qu'il a écrit dans la vie de ce seigneur, qu'on n'osa jamais lui parler de cette entreprise, « parce qu'on le tenoit pour un seigneur de probité, homme de bien, aimant l'honneur ; et pour ce eust bien renvoyé les conjurateurs rabrouéz et révélé le tout, voire aidé à leur courir sus *, » Mais cependant la chose fut faite, et les historiens du parti ra-

! Burn., liv. II, p. 616. — ? Crit. de Maimb., tom. I, lett. xv, n. 6, p. 263; Calv., Ep., p. 312, 3137— 8 Crit., ibid., lett. 11, n. 2. — * Brant., Vie de l'amiral de Chastil.

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