‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 233 sur 387 · LIVRE X, N. XXXIV, XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. XXXIV, XXXV

content avec complaisance ce qu'on ne devroit regarder qu'avec horreur.

Il n'est pas ici question d'éluder un fait constant, en discourant sur l'incertitude des histoires et sur les partialités des historiens !. Ces lieux communs ne sont bons que pour éblouir. Quand nos réformés douteroient de M. de Thou qu'ils ont imprimé à Genève, et dont un historien protestant vient d'écrire encore que la foi ne leur fut jamais suspecte?, ils n'ont qu'à lire la Poplinière un des leurs, et Bèze un de leurs chefs, pour trouver leur parti convaincu d'un attentat, que l'amiral, tout protestant qu'il étoit, trouva si indigne d'un Dome d'honneur.

Mais cependant ce grand homme d'honneur qui eut tant d'horreur de l'entreprise d'Amboise, ou parce qu'elle étoit manquée, ou parce que les mesures en étoient mal prises, ou parce qu'il trouva mieux ses avantages dans la guerre ouverte, ne laissa pas deux ans aprés de se mettre à la téte des calvinistes rebelles. Alors tout le parti se déclara. Calvin ne résista plus à cette fois, et la rébellion fut le crime de tous ses disciples. Ceux que leurs histoires célèbrent comme les plus modérés, disoient seulement qu'il ne falloit point commencer?. Au reste on se disoit les uns aux autres que se laisser égorger comme des moutons sans se défendre, ce n'étoit pas le métier de gens de cœur : mais quand on veut être gens de cœur de cette sorte, il faut renoncer à la qualité de réformateurs, et encore plus à celle de confesseurs de la foi et de martyrs : car ce n'est pas en vain que saint Paul a dit aprés David : « On nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie‘; » et Jésus-Christ lui-méme : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.» Nous avons en main des lettres de Calvin tirées de bon lieu, oà dans les commencemens des troubles de France il eroit avoir assez fait d'écrire au baron des Adrets contre les pillages et les violences, contre les brise-images et contre la déprédation des reliquaires et des trésors des églises « sans l'autorité publique. » Se contenter, comme il fait, de dire à des soldats ainsi enrólés : « Ne faites point de violence, et contentez-vous de

1 Critiq., ibid., n. 1, 4. — ? Burn., tom. 1, Préf. — ? La Poplin., liv. VIII; Bèze, tom. II, liv. VI, p. 5. — * Rom., var, 36. — 5 Matth., x, 16.

Les réflexions sur l'incertitude des histoires inutiles en cette occasion.

Les premières guerres sous Charles IX, où tout le parti concourt.

votre paye‘, » sans rien dire davantage, c'est parler de cette milice comme on fait d'une milice légitime : et c'est ainsi que saint Jean-Baptiste a décidé en faveur de ceux qui portoient les armes sous l'autorité de leurs princes. La doctrine qui permettoit de les prendre pour la cause de la religion fut depuis autorisée, non plus seulement par tous les ministres en particulier, mais encore en commun dans les synodes; et il en fallut venir à cette décision pour engager à la guerre ceux des protestans, qui ébranlés par l'ancienne foi des chrétiens et par la soumission tant de fois promise au commencement de la nouvelle Réforme, ne eroyoient pas qu'un chrétien düt soutenir la liberté de conscience autrement qu'en souffrant, selon l'Evangile, en toute patience et humilité. Le brave et sage La Noue, qui d'abord étoit dans ce sentiment, fut entraîné dans un sentiment et dans une pratique contraire par l'autorité des ministres et des synodes. L'Eglise alors fut infaillible, et on céda aveuglément à son autorité contre sa propre conscience.

xuvi, — Au reste les décisions expresses sur cette matière furent faites

dd ne pour la plupart dans les synodes provinciaux : mais pour n'avoir

des natio- . .

wax de. pas besoin de les y aller rechercher, il nous suffira de remarquer calviniste 2S CORO 1 .

wrap que ces décisions furent prévenues par le synode national de Lyon

prouver la

wie des en 4563, art. xxxvi, des faits particuliers, où il est porté « qu'un

". ministre de Limosin, qui autrement s'estoit bien porté, par menace des ennemis a écrit à la reine mère, qu'il n'avoit jamais consenti au port des armes, jacoit qu'il y ait consenti et contribué. Item, qu'il promettoit de ne point prescher jusqu'à ce que le roy luy permettroit. Depuis connoissant sa faute, il en a fait confession publique devant tout le peuple, et un jour de Cène, en la présence de tous les ministres du pais et de tous les fidéles. On demande s'il peut rentrer dans sa charge? On est d'avis que cela suffit : toutefois il écrira à celuy qui l'a fait tenter, pour luy faire reconnoistre sa pénitence, et le priera-t-on qu'on le fasse ainsi entendre à la reine, et là, où il adviendroit que le scandale en demeurast à son église, sera en la prudence du synode de Limosin de le changer de lieu. »

1 Luc., 111, 14.

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