LIVRE X, N. LIV
d'humain , doivent être dissipés selon la maxime de Gamaliel '. L'assassinat de Francois duc de Guise ne doit pas être oublié uv. Aassassi-
dans cette histoire, puisque l'auteur de ce meurtre méla sa religion »a du due
de Guise
dans son crime. C'est Déze qui nous représente Poltrot comme vx Por
trot, re-
« émeü d'un secret mouvement ?, » lorsqu'il se détermina à ce sd:
la Réfor-
coup infâme ; et afin de nous faire entendre que ce «mouvement me comme secret » étoit de Dieu, il nous dépeint encore le même Poltrot tout iio. prêt à exécuter ce noir dessein, « priant Dieu trés-ardemment qu'il 1: luy fist la grace de lui changer son vouloir, si ce qu'il vouloit faire
luy estoit désagréable; ou bien qu'il luy donnast constance et assez
de force pour tuer ce tyran, et par ce moyen délivrer Orléans de destruction, et tout le royaume d'une si malheureuse tyrannie ?.
Sur cela, et dés le soir du mesme jour, poursuit Bèze, il fit son eoup *; » ce fut dans cet enthousiasme, et comme en sortant de cette « ardente priére. » Aussitót que nos réformés surent la chose accomplie, « ils en rendirent graces à Dieu solennellement avec grandes réjoüissances *. » Le duc de Guise avoit toujours été l'ob-
jet de leur haine. Dès qu'ils se sentirent de la force, on a vu qu'ils conjurèrent sa perte, et que ce fut de l'avis de leurs docteurs. Après le désordre de Vassi, encore qu'il füt constant qu’il avoit
fait tous ses efforts pour l'apaiser*, le parti se souleva contre lui avec d'effroyables clameurs ; et Béze, qui en porta les plaintes à
la cour, confesse « avoir infinies fois désiré et prié Dieu, ou qu'il changeast le cœur du seigneur de Guise, ce que toutefois il n'a jamais pù espérer, ou qu'il en délivrast le royaume ; de quoy il appelle à témoin tous ceux qui ont oui ses prédications et prié-
res 7, » C'étoit donc dans ses prédications et en public qu'il faisoit
« infinies fois » ces prières séditieuses, à la manière de celles de Luther, par lesquelles nous avons vu qu'il savoit si bien animer
le monde et susciter des exécuteurs à ses prophéties. Par de semblables prières on représentoit le duc de Guise comme un perséeuteur endurci , dont il falloit désirer que Dieu délivrât le monde
par quelque coup extraordinaire. Ce que Bèze dit pour s'excuser, «qu'il ne nommoit pas le seigneur de Guise en public, est trop
! Act., v, 38.— 2 Liv. VI, p. 267.— 3 Ibid., p. 268.— * Ibid., p. 269.— 5 Ibid., p 290. — * Thuan. lib. XXIX, p. 77, 18. — 7 Liv. VI, p. 299. — 8 Ibid.
grossier. Qu'importe de nommer un homme , quand on sait et le désigner par ses caractères, et s'expliquer en particulier à oeux qui n'auroient pas assez entendu ? Ces manières mystérieuses de se faire entendre dans les prédications et le service divin sont plus propres à irriter les esprits, que des déclarations plus expresses. Bèze n'étoit pas le seul qui se déchainát contre le duc : tous les ministres tenoient le même langage. Il ne faut donc pas s'étonner que parmi tant de gens d'exécution dont le parti étoit plein, il se soit trouvé des hommes qui crussent rendre service à Dieu, en défaisant la Réforme d'un tel ennemi. L'entreprise d'Amboise plus noire encore, avoit bien été approuvée par les docteurs et par Bèze. Celle-ci, dans la conjoncture du siége d'Orléans, où le soutien du parti alloit succomber avec cette ville sous le duc de Guise, étoit bien d'une autre importance, et Poltrot croyoit plus faire pour sa religion que la Renaudie. Aussi s'expliqua-t-il hautement de son dessein, comme d'une chose qui devoit étre bien recue. Encore qu'il füt connu dans le parti comme un homme qui se dévouoit à tuer le due de Guise, quoi qu'il lui en püt coüter, ni les chefs, ni les soldats, ni même les pasteurs ne l'en détournèrent. Croira qui voudra ce que dit Bèze, que c'est qu'on prit ces paroles « pour des propos d'un homme éventé !, » qui n'auroit pas publié son dessein s'il avoit voulu l'exécuter. Mais d'Aubigné plus sincére demeure d'accord qu'on espéroit dans le parti qu'il feroit le coup: ce qu'il dit «avoir appris en bon lieu ?. » Aussi est-il bien certain que Poltrot ne passoit point pour un étourdi : Soubise, dont il étoit domestique, et l'amiral le regardoient comme un homme de service , et l'employoient dans des affaires de conséquence?; et la manière dont il s'expliquoit faisoit plutôt voir un homme déterminé à tout qu'un homme « éventé » et léger. « Il se présenta de sang-froid » (ce sont les paroles de Bèze), à M. de Soubise un des chefs du parti, « pour luy dire qu'il avoit résolu en son esprit de délivrer la France de tant de miséres, en tuant le due de Guise; ce qu'il oseroit bien entreprendre à quelque prix que ce fust*. » La réponse que lui fit Soubise n'étoit
4 Liv. VI, p. 268. — ? D'Aub., tom. I, liv. LI, chap. xvirt, p. 176. — ? Bèze, ibid., 268, 295, 297. — ^ Bèze, ibid., 267, 268. |