‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 239 sur 387 · LIVRE X, N. LII · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. LII

du pillage des églises et des sacristies, et du brisement des images et des autels? Il croit satisfaire à tout en disant que «ni par priéres, ni par remontrances, ni mesme par chastimens le prince ne put arrester » ces désordres ‘. Ce n'est pas là une excuse; c'est la convietion de la violence qukrégnoit dans le parti, dont les chefs ne pouvoient contenir la fureur. Mais j'ai bien peur qu'ils n'aient agi dans le méme esprit que Cranmer et les autres réformateurs del'Angleterre, qui dans les plaintes qu'on faisoit contre les briseurs d'images, « encore qu'ils fussent d'humeur à donner des bornes au zèle du ‘peuple, ne vouloient point qu'on s’y prist d'une maniére àluy faire perdre cœur ?. » Les chefs de nos calvinistes n'en usèrent pas d'une autre sorte ; et encore que par honneur ils blàmassent ces emportés, nous ne voyons pas qu'on en fit aucune justice. On n'a qu'à lire l'histoire de Bèze, pour y voir nos réformés toujours préts au moindre bruit à prendre les armes, à rompre les prisons , à occuper les églises ; et jamais on ne vit rien de si remuant. Qui ne sait les violences que la reine de Navarre exerca sur les prêtres et sur les religieux ? On montre encore les tours d’où on précipitoit les catholiques, et les abimes où on les jetoit. Le puits de l'évéché où on les noyoit dans Nimes, et les cruels instrumens dont on se servoit pour les faire aller au préche, ne sont pas moins connus de tout le monde. On a encore les informations et les jugemens, où il paroit que ces sanglantes exécutions se faisoient par délibération du conseil des protestans. On a en original les ordres des généraux et ceux des villes, à la requéte des consistoires, pour contraindre «les papistes » à embrasser la Réforme, « par taxes, par logemens, par démolition de maisons et par découverte des toits. » Ceux qui s'absentoient pour éviter ces violences, étoient dépouillés de leurs biens : les registres des hótels de ville de Nimes, de Montauban, d'Alais, de Montpellier et des autres villes du parti, sont pleins de telles ordonnances; et je n'en parlerois pas sans les plaintes dont nos fugitifs remplissent toute l'Europe. Voilà ceux qui nous vantent leur douceur : il n'y avoit qu'à les laisser faire, à cause qu'ils appliquoient à tout l'Ecriture sainte, et qu'ils chantoient mélodieusement des psaumes

1 Criliq., tom. I, lett. xvir, n. 8. — ? Burn., Ile part., liv. I, p. 15.

rimés. Ils trouvèrent bientôt les moyens de se mettre à couvert des martyres à l'exemple de leurs docteurs, qui furent toujours en süreté, pendant qu'ils animoient les autres ; et Luther et Mélanchthon, et Bucer et Zuingle, et Calvin et OEcolampade , et tous les autres se firent bientót de sürs asiles: et parmi ces chefs des réformateurs je ne connois point de martyrs, méme faux, si ce n'est peut-étre un Cranmer que nous avons vu, aprés avoir deux fois renié sa foi, ne se résoudre à mourir en la professant que lorsqu'il vit son abjuration inutile à lui sauver la vie.

Lut. Mais à quoi bon, dira-t-on, rappeler ces choses, afin qu'un ca qu ministre fâcheux vous vienne dire que vous ne voulez par là pourroient be $ s aire qe qu'aigrir les esprits et accabler des malheureux? Il ne faut point Ne que de telles craintes m'empéchent de raconter ce qui est si visi- 7*7" blement de mon sujet; et tout ce que des protestans équitables

peuvent exiger de moi dans une histoire, c'est que sans m'en rapporter à leurs adversaires, j'écoute aussi leurs auteurs. Je fais plus : et non content de les écouter, je prends droit, pour ainsi parler, par leur témoignage. Que nos fréres ouvrent done les yeux ; qu'ils les jettent sur l'ancienne Eglise , qui durant tant de siécles d'une persécution si cruelle ne s'est jamais échappée, ni un seul moment , ni dans un seul homme, et qu'on a vue aussi soumise sous Dioclétien, et même sous Julien l'Apostat lorsqu'elle remplissoit déjà toute la terre, que sous Néron et sous Domitien lorsqu'elle ne faisoit que de naître : c’est là qu'on voit véritablement le doigt de Dieu. Mais il n'y a rien de semblable , lorsqu'on se souléve aussitót qu'on peut, et que les guerres durent beaucoup plus que la patience. L'expérience nous fait assez voir dans tous les partis, que l'entétement et la prévention peuvent imiter la force, du moins durant quelque temps; et on n'a point dans le ecur les maximes de la douceur chrétienne, quand on les change sitôt, non-seulement en des pratiques, mais encore en des maximes contraires, avec délibération et par des décisions expresses , comme on a vu qu'ont fait nos protestans. C'est donc iei une véritable variation dans leur doetrine, et un effet de la perpétuelle instabilité, qui doit faire considérer leur Réforme comme un ouvrage de la nature de ceux qui n'ayant rien que

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