‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 242 sur 387 · LIVRE X, N. LV · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. LV

comme un ennemi public; « mais qu'il ne se trouvera pas qu'il ait approuvé qu'on attentast sur sa personne, jusqu'à ce qu'il ait esté averti que le duc avoit attiré certaines personnes pour tuér M. le prince de Condé et luy. » Il s'ensuit donc qu'aprés cet avis, sur lequel on ne doit pas croire un ennemi à sa parole, « il a approuvé » qu'on entreprit sur la vie du duc : mais « depuis ce temps il confesse, quand il a oui dire à quelqu'un que s'il pouvoit il tuéroit le seigneur de Guise jusques dans son camp, il nel'ena point détourné : » par oü l'on voit tout ensemble, et que ce dessein sanguinaire étoit commun dans la Réforme , et que les chefs les plus estimés pour leur vertu, tel qu'étoit sans doute l'amiral, ne se croyoient pas obligés à s'y opposer; au contraire qu'ils y contribuoient par tout ce qu'ils pouvoient faire de plus efficace : tant ils se soucioient peu d'un assassinat, pourvu que la religion en fût le motif.

Si on demande ce qui porta l'amiral à reconnoitre des faits qui étoient si forts contre lui, ce n'est pas qu'il n'en ait vu l'inconvénient : mais, dit Béze, «l'amiral, homme rond et vraiment entier, sil y en a jamais eü de sa qualité, répliqua que si puis après avenant confrontation, il confessoit quelque chose davantage, il donneroit occasion de penser qu'encore n'auroit-il pas confessé toute la vérité *; » c'est-à-dire, à qui sait l'entendre, que cet « homme rond » craignit la force de la vérité dans la confrontation, et'se préparoit des excuses, à la maniére des autres coupables, à qui leur conscience et la crainte d'étre convaincus en fait souvent avouer plus peut-étre qu'on n'en tireroit des témoins. Il paroit méme, si l'on pèse bien la manière dont s'explique l'amiral, qu'il craint qu'on ne le croie innocent ; qu'il n'évite que l'aveu formel et la conviction juridique, et qu'au surplus il prend plaisir à étaler sa vengeance. Ce qu'il fit de plus politique pour sa décharge, fut de demander que l'on réservât Poltrot pour lui étre eonfronté ?, se confiant aux excuses qu'il avoit données et aux conjonctures des temps, qui ne permettoient pas qu'on poussât à bout le chef d'un parti si redoutable. La cour le vit bien aussi , et on acheva-le procès. Poltrot, qui s'étoit dédit de la charge qu'il

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