‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 28 sur 387 · LIVRE I, N. XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, N. XXXIV

devoient répandre le sang de ses brebis innocentes : mais avoit-il dit que ces brebis cesseroient d'étre brebis , formeroient de séditieux complots , et répandroient à leur tour le sang des loups? L'épée des persécuteurs a été tirée contre ses fidèles ; mais ses fidèles tiroient-ils l'épée, je ne dis pas pour attaquer les persécuteurs, mais pour se défendre de leurs violences? En un mot, il s'est excité des séditious contre les disciples de J ésus-Christ; mais les disciples de Jésus-Christ n'en ont jamais excité aucune durant trois cents ans d'une persécution impitoyable. L'Evangile les rendoit modestes, tranquilles , respectueux envers les puissances légitimes , quoiqu'ennemies de la foi, et les remplissoit d'un vrai zèle; non pas de ce zèle amer qui oppose l'aigreur à l'aigreur, les armes aux armes, et la force à la force. Que les catholiques soient donc, si l'on veut (a), des persécuteurs injustes : ceux qui se vantoient de les réformer (b) sur le modéle de l'Eglise apostolique , devoient commencer la Réforme par une invincible patience. Mais au contraire, disoit Erasme, qui en a vu naître les commencemens : « Je les voyois sortir de leurs préches avec un air farouche et des regards menacans , » comme gens « qui venoient d'ouir des invectives sanglantes et des discours séditieux . » Aussi voyoit-on « ce peuple évangélique toujours prét à prendre les armes, ef aussi propre à combattre qu'à disputer t. » Peut-être que les ministres nous avoueront bien que les prétres des Juifs et ceux des idoles donnoient lieu à des satyres aussi fortes que les prétres de l'Eglise romaine, de quelques couleurs qu'ils nous les dépeignent. Quand est-ce qu'on a vu, au sortir dela prédication de saint Paul, ceux qu'il avoit convertis, aller piller les maisons de ces prétres sacriléges , comme on a vu si souvent, au sortir des prédications de Luther et des prétendus réformateurs , leurs auditeurs aller piller tous les ecclésiastiques, sans distinction des bons ni des mauvais? Que dis-je des prétres des idoles? Les idoles mémes étoient en quelque sorte épargnées par les chrétiens. Vit-on jamais à Ephèse ou à Corinthe, où tous les coins en étoient remplis, en renverser une seule aprés les prédications de saint Paul et des - 1 Lib. XIX, epist. 113; XXIV, 31, 47, p. 2053, etc. (a) 1r* édit. : S'ils le veulent. — (2) De venir les réformer. TOM. XIV. 4

Le livre de la Captivité de

apôtres? Au contraire, ce secrétaire de la commune d’Ephèse rend témoignage à ses citoyens que saint Paul et ses compagnons « ne blasphémoient point contre leur déesse ! ; » c'est-à-dire, qu'ils parloient contre les faux dieux sans exciter aucun trouble, sans altérer la tranquillité publique. Je crois pourtant que les idoles de Jupiter et de Vénus étoient bien aussi odieuses que les images de Jésus-Christ, de sa sainte Mère et de ses Saints que nos réformés ont abattues.

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