‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 27 sur 387 · LIVRE I, N, XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, N, XXXIII

d'Augsbourg : ce qui fait voir à quel excès sa témérité s'est emportée, puisqu'il a traité avec un mépris si outrageux et les Pères et les églises, dans un point où i) avoit un tort si visible. Les louanges que ces saints docteurs ont données d'une méme voix à la continence , le révoltent plutôt que de le toucher. Saint Jérôme lui devient insupportable pour l'avoir louée. Il décide que lui et tous les saints Péres, qui ont pratiqué tant de saintes mortificalions pour la garder inviolable, eussent mieux fait de se marier. Il n'est pas moins emporté sur les autres matières. Enfin en tout et partout, les Péres, les Papes, les conciles généraux et particuliers, à moins qu'ils ne tombent (a) dans son sens, ne lui sont rien. Il en est quitte pour leur opposer l'Ecriture tournée à sa mode ; comme si avant lui l'Ecriture avoit été ignorée, ou que les Pères, qui l'ont gardée et étudiée avec tant de religion , eussent négligé de l'entendre.

Voilà où Luther en étoit venu : de cette extréme modestie qu'il avoit professée au commencement , il étoit passé à cet excès. Que dirai-je des bouffonneries aussi plates que scandaleuses , dont il remplissoit ses écrits? Je voudrois qu'un de ses sectateurs des plus prévenus prit la peine de lire seulement un discours qu'il composa du temps de Paul III contre la Papauté ! : je suis certain quil rougiroit pour Luther, tant il y trouveroit partout, je ne dirai pas de fureur et d'emportement, mais de froides équivoques, de basses plaisanteries et de saletés; je dis méme des plus grossiéres, et de celles qu'on n'oit (b) sortir que de la bouche des plus vils artisans. «Le Pape, dit-il, est si plein de diables, qu'il en crache , qu'il en mouche : » n'achevons pas ce que Luther n'a pas eu honte de répéter trente fois. Est-ce là le discours d'un réformateur ? Mais c'est qu'il s'agit du Pape : à ce seul nom il rentroit dans ses fureurs, etil ne se possédoit plus. Mais oserai-je rapporter la suite de cette invective insensée? Il le faut malgré mes horreurs , afin qu'on voie une fois quelles furies possédoient ce chef de la nouvelle Réforme. Forcons-nous donc pour transcrire ces mots qu'il adresse au Pape : « Mon petit Paul, mon petit

1 Advers. Papat., tom. VII, fol. 451 et seq.

(a) Are édit. : A moins qu'ils tombent. — (^) qu'on n'entend.

Bouffonnéries et ex-

travagan-

ces.

Les sédilions elles violences.

pape, mon petit ànon, allez doucement ; il fait glacé : vous vous rompriez une jambe ; vous vous gâteriez, et on diroit : Que diable est ceci? Comme le petit papelin s'est gàté! » Pardonnez-moi , lecteurs catholiques, si je répète ces irrévérences. Pardonnez-moi aussi, à luthériens, et profitez du moins de votre honte. Mais aprés ces sales idées, il est temps de voir les beaux endroits. Ils consistent dans ces jeux de mots : Colestissimus , scelestissimus ; sanctissimus , satanissimus ; et c'est ce qu'on trouve à chaque ligne. Mais que dira-t-on de cette belle figure? « Un àne sait qu'il est àne; une pierre sait qu'elle est pierre; et ces ànes de papelins ne savent pas qu'ils sont des ânes '. » De peur qu'on ne s'avisàt d'en dire autant de lui, il va au-devant de l’objection. « Et, dit-il, le Pape ne me peut pas tenir pour un àne; il sait bien que par la bonté de Dieu et par sa grace particulière, je suis plus savant dans les Ecritures que lui et que tous ses ànes?. » Poursuivons : voici le style qui va s'élever : «Si j'étois le maitre de l'empire, » oùira-t-il avec un si beau commencement ? «je ferois un méme paquet du Pape et des cardinaux , pour les jeter tous ensemble dans ce petit fossé de la mer de Toscane. Ce bain les guériroit ; j'y engage ma parole, et je donne Jésus-Christ pour caution ?. » Le saint nom de Jésus-Christ n'est-il pas ici employé bien à propos? Taisons-nous: c'en est assez; et tremblons sous les terribles jugemens de Dieu, qui pour punir notre orgueil, a permis que de si grossiers emportemens eussent une telle efficace de séduetion et d'erreur. ;

Je ne dis rien des séditions et des pilleries , le premier fruit des prédications de ce nouvel évangéliste. Il en tiroit vanité. L'Evangile, disoit-il, et tous ses disciples aprés lui, a toujours causé du trouble, et il faut du sang pour l'établir *. Zuingle en disoit autant. Calvin se défend de méme : « Jésus-Christ, disoient-ils tous, est venu pour jeter le glaive au milieu du monde* ; » aveugles , qui ne voyolent pas ou qui ne vouloient pas voir quel glaive Jésus-Christ avoit jeté, et quel sang il avoit fait répandre. Il est vrai que les loups au milieu desquels il envoyoit ses disciples,

1 Advers. Papat., tom. VII, fol. 410. — ? Ibid. — 3 Ibid., p. #14. — * De serv. Arb., fol. 431, etc. — 5 Matth., x, 34.

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