‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 300 sur 387 · ET DE SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

ET DE SES DISCIPLES

Ce qui a donné à Viclef un si grand rang parmi les prédéces- xu. , A 5 ; . . y z Jean Hus

seurs de nos réformés, c'est d'avoir dit que le Pape étoitl'Ante- ii vi- . . Ó : 3 ., clef dans christ, et que depuis l'an mil de Notre-Seigneur, où Satan devoit ‘sa rame contre le

être déchaîné selon la prophétie de saint Jean, l'Eglise romaine rj. étoit devenue la prostituée et la Babylone . Jean Hus (a) disciple de Viclef, a mérité les mémes honneurs, puisqu'il a si bien suivi son maitre dans cette doctrine.

Il l'avoit abandonné en d'autres chefs. Autrefois on a disputé cur.

: , M ire: . * = » Jean Hus de ses sentimeus sur l'Eucharistie. Mais la questien est jugée du — ai i

. 5 messe, et

consentement des adversaires, depuis que M. de la Roque, dans » pont . . eU. SR ENT WS d'autre

son Histoire de l' Eucharistie?, a fait voir parles auteurs du temps, sentiment ; . : e en sur l'Eu-

par le témoignage des premiers disciples de Hus et par ses propres «ise

écrits qu'on a encore, qu'il a cru la transsubstantiation et tous les de raie autres articles de la croyance romaine , sans en excepter un seul, si ce n’est la communion sous les deux espèces, et qu'il a persisté dans ce sentiment jusqu’à la mort. Le même ministre démontre la même chose de Jérôme de Prague disciple de Jean Hus, et le fait est incontestable.

Ce qui faisoit douter de Jean Hus , étoit quelques paroles qu'il crx.

Pourquoi

avoit inconsidérément proférées et qu'on avoit mal entendues, ou on à douté 2 de la doc-

qu'il avoit rétractées. Mais ce qui le fit plus que tout le reste tenir iie que pour suspect en cette matière, c'étoit les louanges excessives qu'il donnoit à Viclef ennemi de la transsubstantiation. Viclef étoit en effet le grand docteur de Jean Hus, aussi bien que de tout le parti des hussites : maisil est constant qu'ils n'en suivoient pas la doc-

1 Vic., lib. IV, cap. 1, etc. — ? 1I part., cap. xix, p. 484.

(a) Huss, bourg de Bohème; d'où nous avons fait Jeun de Huss, et Jean Hus,

Jean Hus catholique en tout dans les points controversés, excepté la communion sous les deux espèces et le Pape.

Que tout estbon aux protestans

pourvu qu'on erie contre le Pape.

trine toute crue, et qu'ils tàchoient de l'expliquer, comme faisoit aussi Jean Hus, à qui Rudiger donne la louange « d'avoir adroitement expliqué et courageusement défendu les sentimens de Viclef *. » On demeuroit donc d'accord dans le parti que Viclef, qui à vrai dire en étoit le chef, avoit bien outré les matières, et avoit grand besoin d'étre expliqué. Mais'quoi qu'il en soit, il est bien constant que Jean Hus s'est glorifié de son sacerdoce jusqu'à la fin, et n'a jamais discontinué de dire la messe tant qu'il a pu.

M. de la Roque le jeune soutient fortement les sentimens de son père; etil est méme assez sincère pour avouer « qu'ils déplaisent à bien des gens du parti, et surtout au fameux M...., qui n'aimoit pas d'ordinaireles véritez qui avoient échappé à ses lumiéres ?. » Tout le monde sait que c'est M. Claude, dont il supprime le nom. Mais ce jeune auteur pousse ses recherches plus avant que n'avoit fait encore aucun protestant. Personne ne peut plus douter, aprés les preuves qu'il rapporte?, que Jean Hus n'ait prié les Saints, honoré leurs images , reconnu le mérite des ceuvres, les sept sacremens, la confession sacramentale et le purgatoire. La dispute rouloit principalement sur la communion sous les deux espèces; et ce qui étoit le plus important, sur cette damnable doctrine de Viclef, que l'autorité , et surtout l'autorité ecclésiastique, se perdoit par le péché*; car Jean Hus soutenoit dans cet article des choses aussi outrées que celles que Viclef avoit avancées, et c'est de là qu'il tiroit ses pernicieuses conséquences.

Si avec une semblable doctrine, et encore en disant la messe tous les jours jusqu'à la fin de sa vie, on peut étre'non-seulement un vrai fidèle, mais encore un saint et un martyr, comme tous les protestans le publient de Jean Hus, aussi bien que de son disciple Jérôme de Prague, il ne faut plus disputer des'articles fondamentaux : le seul article fondamental est de crier contre le Pape et contre l'Eglise romaine; mais surtout si l'on s'emporte avec Viclef et Jean Hus jusqu'à appeler cette Eglise l'église de l'Antechrist, cette doctrine est la rémission de tous les péchés et couvre toutes les erreurs.

! Rudig., Narr., p. 153. — ? Nouv. acc. cont. Varil., p. 148 et suiv. — 8 [bid., p- 458 et suiv. — * Conc. Const., sess. XV, prop. 11-13, etc.

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