‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 299 sur 387 · LIVRE XI, N. CLVII-CLIX · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CLVII-CLIX

de louange, étoit aussi le plus digne en dignité; et que la plus sainte vieille devoit être mise dans le plus saint office !. » Roquesane demeura muet, et le fait passa pour constant.

Le méme Viclef consentoit à l'invocation des Saints, en honoroit les images, en reconnoissoit les mérites et croyoit le purgatoire.

Pour ce qui est de l'Eucharistie, le grand effort est contre la transsubstantiation, qu'il dit être la plus détestable hérésie qu'on ait jamais introduite *. C'est done son grand article, de trouver du pain dans ce sacrement. Quant à la présence réelle, il y a des passages contre, il y en a pour. [l dit que «le corps est caché dans chaque parcelle et dans chaque point du pain ?. » En un autre endroit, aprés avoir dit, selon sa maudite maxime , que la sainteté du ministre est nécessaire pour consacrer validement , il ajoute qu'il faut présumer pour la sainteté des prétres : mais, ditil, « parce qu'on n'en a qu'une simple probabilité, j'adore sous condition l'hostie que je vois, et j'adore absolument Jésus-Christ qui est dans le ciel. » Il ne doute donc de la présence qu'à cause qu'il n'est pas certain de la sainteté du ministre, qu'il y croit absolument nécessaire. On trouveroit d'autres passages semblables , mais il importe fort peu d'en savoir davantage.

Un fait plus important est avancé par M. dela Roque le fils *. II nous produit une confession de foi, où la présence réelle est clairement établie, et la transsubstantiation non moins clairement rejetée : mais ce qu'il y a de plus important, c'est qu'il nous assure que cette confession de foi fut proposée à Viclef dans le coneile de Londres, où arriva ce grand tremblement de terre, qu'on appela pour cette raison Concilium terre motüs : les uns disant que la terre avoit eu horreur de la décision des évéques, et les autres de l'hérésie de Viclef.

Mais sans m'informer davantage de cette confession de foi, dont nous parlerons avec plus de certitude quand nous en aurons vu toute la suite, je puis bien assurer par avance qu'elle ne peut pas

1 Disp. cum Rokys., apud Canis., ant. Lect., tom. III, 11 part., p. 500. — ? Lib. IIl, cap. XXX ; lib. II, cap. x1v ; lib. Il], cap. v; lib. IV, cap. VI, VII, XL, XLI; lib. IV, cap. 1, vi. — $ Lib. IV, cap. 1. — * Nouv. accus. cont. M. Varill., p. 73.

Articles de Viclef conformes

à notre doctrine.

CLYIL.

Confession de foi de Viclef, produite par M. de la Roque, fils du mi-

nistre.

Qu'elle est fausse par

Viclef

méme,

avoir été proposée à Viclef par le concile. Je le prouve par Viclef même, qui répète quatre fois que « dans le concile de Londres où la terre trembla : » /n suo concilio terre motÿs, on définit en termes exprès, « que la substance du pain et du vin ne demeuroit pas aprés la consécration! : » done il est plus clair que le jour que la confession de foi, oà ce changement de substance est rejeté, ne peut pas étre de ce concile.

cux. Je crois M. de la Roque d'assez bonne foi pour se rendre à une meris preuve si constante. En attendant, nous lui sommes obligés de doctrine,

et meurt NOUS avoir épargné la peine de prouver ici la làcheté de Viclef : sa

cwm. palinodie devant le concile : celle « de ses disciples qui n'eurent new de pas d'abord plus de fermeté que luy ?: la honte qu'il eût de sa 77" lascheté, ou bien de s'estre écarté des sentimens receüs alors ?, » qui lui fit rompre commerce avec les hommes; d’où vient que depuis sa rétractation on n'entend plus parler de lui; et enfin sa mort dans sa cure et dans l'exercice desa charge : ce qui démontre aussi bien que sa sépulture en terre sainte, qu'il étoit mort à l'extérieur dans la communion de l'Eglise.

Il ne me reste donc plus qu'à conclure avec cet auteur, qu'il n’y a que de la honte à tirer pour les protestans de la conduite de Viclef, « ou hypocrite prévaricateur, ou catholique romain , qui mourut dans lEglise mesme , en assistant au sacrifice, où l'on mettoit l'éloignement entre les deux partis *. » ax. — Ceux qui voudront savoir le sentiment de Mélanchthon sur Videve clef, le trouveront dans la préface de ses Lieux communs, où il dit sw videt. qu'on. « peut juger de l'esprit de Viclef par les erreurs dont il est plein. Il n'a, dit-il, rien compris dans la justice de la foi : il brouille l'Evangile et la politique : il soutient qu'il n'est pas permis aux prétres d'avoir rien en propre : il parle de la puissance civile d'une manière séditieuse et pleine de sophisterie : par la méme sophisterie il chicane sur l'opinion universellement recue touchant la cene du Seigneur.» Voilà ce qu'a dit Mélanchthon après avoir

lu Viclef. Il en auroit dit davantage, et il auroit relevé ce que cet

1 Lib. IV, eap. XXXVI-XXXVIIl. — ? La Roque, ibid., 10. — 3 Ibid., p. 81, 85, 88-90. — * La Roq., ibid. — * Pref. ad Mycon.; Hosp., Il part., ad an. 1550, fol. 115.

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