LIVRE XI, N. CLXX-CLXXII
sèrent la nécessité, méme à l'égard des enfans nouvellement baptisés. A la réserve de ce point, on est d'accord que les calixtins convenoient de tout le dogme avec l'Eglise romaine, et leurs disputes avec les taborites le font voir. Lydius un ministre de Dordreet en a reçueilli les actes ‘, et ils ne sont pas révoqués en doute par les protestans.
On y voit donc que les calixtins ne conviennent pas seulement de mms la transsubstantiation, mais encore en tout et partout sur la matière tins dispode l'Eucharistie, de la doctrine et des pratiques recues dans connoitre l'Eglise romaine, à la réserve de la communion sous les deux s espèces ; et pourvu que le Pape l’accordât, ils étoient prêts à reconnoitre son autorité ?.
On pourroit ici demander : D'oà vient done qu'avec de tels tan sentimens ils conservoient tant de respect pour Viclef, qu'ils done qu'ils appeloient aussi bien que les taborites le docteur évangélique par tint nt excellence ?? C'est en un mot qu'on ne trouve rien de régulier « vickt. dans ces sectes séparées. Quoique Viclef eüt parlé avec tout l'emportement possible contre la doctrine de l'Eglise romaine, et en particulier contre la transsubstantiation, les calixtins l'excusoient, en répondant que ce qu'il avoit dit contre ce dogme, il ne l'avoit pas dit décisivement, mais scholastiquement *, comme on parloit, c’est-à-dire par manière de dispute; et on peut juger par là combien ils trouvoient de facilité à justifier, quoi qu'on leur püt dire, un auteur dont ils étoient entétés.
Ils n'en étoient pas moins bien disposés à reconnoitre le Pape , xxm.
et les seuls intérêts de Roquesane empéchérent leur réunion. Ce de noque-
sane et des
docteur avoit lui-même ménagé l'accommodement , dans l'espé- ealixtins empéche
rance qu'il avoit concue qu'aprés un si grand service le Pape se Lem porteroit aisément à le pourvoir de l'archevéché de Prague, qui sais. étoit l'objet de ses voeux *. Mais le Pape, qui ne vouloit pas commettre les ames et le dépôt de la foi à un homme si factieux , donna cette prélature à Budovix , autant supérieur à Roquesane
en mérite qu'en naissance. Tout manqua par cet endroit. La
1 Lyd.Valdens., tom. I, Roterod., 1616.— ? Syn. Prag., an. 1431, ap. Lyd., p. 304, et an. 1434; ibid., p. 332, 354.— 3 Disp. cum Rokys., can. 15 , Ant. lect., tom. III, ll part. — * Ibid., p. 412. — 5 Camer., Hist. narr., Apol. frat., p. 115, etc.
€LXXII, Origine des fréres de Bohéme qui se séparent de Roquesane el des ca- Jixtins.
Foibles commencemens de cette secte,
Bohéme se vit replongée dans des guerres plus sanglantes que toutes les précédentes : Roquesane , malgré le Pape, s'érigea en archevêque de Prague, ou plutôt en Pape dans la Bohême : et Pogiebrac , qu'il éleva par ses intrigues à la royauté, ne lui pouvoit rien refuser.
Durant ces!troubles, des gens de métier qui commencoient à gronder dés le régne précédent, se mirent plus que jamais à parler entre eux de la réforme de l'Eglise. La messe, la transsubstantiation, la prière pour les morts, les honneurs des Saints, et surtout la puissance du Pape les choquoit. Enfin ils se plaignoient que les calixtins « romanisoient en tout et partout, à la réserve de la coupe '. » Ils entreprirent de les corriger. Roquesane irrité contre le Saint-Siége, leur parut un instrument propre à entreprendre cette affaire. Rebutés par ses superbes réponses, qui ne. respiroient que l'amour du monde, ils lui reprochèrent son ambition; qu'il n'étoit qu'un mondain , et qu'il les abandonneroit plutót que ses honneurs ?. En méme temps ils mirent à leur téte un Kelesiski, maitre cordonnier, qui leur fit un corps de doctrine qu'on appela les formes de Kelesiski. Dans la suite ils se choisirent un pasteur nommé Matthias Convalde , homme laique et ignorant; et en l'an 1467, ils se séparérent publiquement des calixtins, comme les calixtins avoient fait de Rome. Telle a été la, naissance des frères de Bohême; et voilà ce que Camérarius, et. eux-mêmes, tant dans leurs Annales que dans leurs Apologies et . dans les préfaces de leurs confessions de foi, nous racontent de leur origine, si ce n'est qu'ils mettent leur séparation en 1457, et il me paroit plus net de la mettre dix ans aprés en 1467, dans le temps qu’ils marquent eux-mêmes la création de leurs nouveaux pasteurs. : i:
Je trouve ici un peu de contradiction entre ce qu'ils racontent de leur histoire dans leur Apologie de 1532, et ce qu'ils en disent dans la préface de 1572 : car ils disent dans cette préface qu'en - 1457, dans le temps qu'ils se séparèrent d'avec les calixtins , ils étoient un peuple ramassé dé toute sorte de conditions * : et dans -
1 Apol., 1532, I part. — ? Camer., de Eccles. frat., p. 61, 8&, etc.; Apol. frat., 1532, I part.— 9 De Orig. Eccl. Boh., post Hist. Camer., p. 267.