‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 303 sur 387 · LIVRE XI, N. CLXXV, CLXX VI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. CLXXV, CLXX VI

leur Apologie de 1532, où ils étoient un peu moins fiers , ils reconnoissent franchement qu'ils étoient ramassés « du menu peuple et de quelques prétres bohémiens en petit nombre, tous ensemble un trés-petit nombre de gens, petit reste et méprisables ordures, » ou, comme on voudra traduire, miserabiles quisquiliæ, « laissées dans le monde par Jean Hus 1. » C'est ainsi qu'ils se séparèrent des calixtins, c'est-à-dire des seuls hussites qui fussent alors. Voilà comme ils sont disciples de Jean Hus : morceau rompu d'un morceau, schisme séparé d'un schisme, hussites divisés des hussites, et qui n'en avoient presque retenu que la désobéissance et la rupture avec l'Eglise romaine.

Si on demande comment ils pouvoient reconnoitre Jean Hus, comme ils font partout, pour un docteur évangélique, pour un saint martyr, pour leur maître, et pour l'apótre des Bohémiens , et en méme temps rejeter comme sacrilége la messe que leur apótre avoit dite constamment jusqu'à la fin, la transsubstantiation et les autres dogmes qu'il avoit toujours retenus : c'est qu'ils disoient que « Jean Hus n'avoit fait que commencer le rétablissement de l'Evangile; » et ils vouloient croire « qu'il auroit bien changé d'autres choses, si on lui en eût laissé le temps ?. » En attendant il ne laissoit pas d’être martyr et apótre, encore qu’il persévérât dans des pratiques si damnables selon eux; et les frères en célébroient le martyre dans leurs églises le huitième juillet, comme nous l'apprenons de Rudiger ?.

Camérarius demeure d'accórd de leur extréme ignorance, et fait ce qu'il peut pour l'excuser. Ce qui est de bien certain, c'est que Dieu ne fit pas des miracles pour les éclairer. Tant de siècles après que la question du baptème des hérétiques avoit été si bien éclaircie du commun consentement de toute l'Eglise, ils furent si ignorans qu'il rebaptisèrent « tous ceux qui venoient à eux des autres églises *. » Ils persistèrent cent ans durant dans cette erreur, comme ils l'avouent dans tous leurs écrits, et ils reconnoissent dans la préface de 4558 qu'il n'y avoit que très-peu de temps qu'ils

1 I part., Apo/., Lyd., tom. II, p. 221 et 222, 232, etc. — 2 Apol., 1532, I part., ap. Lyd., tom. Il, p. 116-118, etc.— ? Rudig., Nar. post. Cam. Hist., p. 151.— ^ Camer., Hist. narr., p. 102.

CLXXY.

ls ne prenoient que le nom de Jean Hus,

et n’en suivoient pas la docirine.

Leur exiréme ignorance, et leur audace à rebaptiser foute la terre.

en étoient revenus ‘. Il ne faut pas s'imaginer que ce fût une erreur médiocre, puisque c'étoit dire que le baptême étoit perdu dans toute l'Eglise, et ne restoit que parmi eux. C'est ce qu’osèrent penser deux ou trois mille hommes , plus ou moins , également révoltés, et contre les calixtins parmi lesquels ils vivoient, et contre l'Eglise romaine dont ils s'étoient séparés les uns et les autres trente ou quarante ans auparavant. Une si petite parcelle d'une autre parcelle détachée depuis si peu d'années de l'Eglise catholique, osoit rebaptiser tout le reste de l'univers , et réduire tout l'héritage de Jésus-Christ à un coin de la Bohéme. Ils se croyoient done les seuls chrétiens, puisqu'ils se croyoient les seuls ,, baptisés; et quoi qu'ils aient pu dire pour se défendre de ce crime, leur rebaptisation les en convainquoit. Pour toute excuse, ils répondoient que s'ils rebaptisoient les catholiques , les catholiques aussi les rebaptisoient. Mais on sait assez que l'Eglise romaine n'a jamais rebaptisé ceux qui avoient été baptisés par qui que ce füt au nom du Pére et du Fils et du Saint-Esprit; et quand il y auroit eu dans la Bohême des catholiques assez ignorans pour ne savoir pas une chose si triviale, ceux qui se disoient leurs réformateurs ne devoient-ils pas en savoir davantage? Aprés tout, comment ces nouveaux rebaptisateurs ne se firent-ils pas rebaptiser eux-mêmes? Si lorsqu'ils vinrent au monde le baptéme avoit cessé dans toute la chrétienté, celui qu'ils avoient recu ne valoit pas mieux que celui des autres; et en cassant le baptéme de ceux qui les avoient baptisés, que pouvoit devenir le leur? Ils devoient donc aussitót se faire rebaptiser que de rebaptiser le reste de l'univers; et il n’y avoit à cela qu'un inconvénient : c’est que selon leurs principes il n'y avoit plus personne sur la terre qui leur püt rendre cet office, puisque le baptéme de quelque cóté qu'il pût venir, étoit également nul. Voilà ce que c’est d’être réformés de la facon d'un cordonnier, qui de leur aveu , dans une préface de leur Confession de foi?, ne sut jamais un mot de latin, et qui n'étoit pas moins présomptueux qu'ignorant. Voilà les

! Pref. Apol., 1558, apud. Lyd., tom. II, p. 105; Ibid., Apol., part. IV, p. 274; Conf. fid., 1558, art. 12; Synt. Gen., p. 195; ibid., p. 110, — ? Conf. fid., 1558: Synt. Gen., 1 part., p. 164.

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