‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 322 sur 387 · LIVRE XII, N. XXV, XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. XXV, XXVI

est admirable. On est sans doute peu délicat sur les questions de la foi, quand on se contente de savoir à peu prés ce qu'il en faut dire; et on sait encore bien peu à quoi s'en tenir, quand faute de le savoir on est contraint de donner à des députés un pouvoir indéfini de conclure tout ce qu'ils voudront. Le ministre Claude répondoit qu'on savoit précisément ce qu'on pouvoit dire; et que si les députés eussent passé outre, on eüt été en droit de les désavouer comme gens qui auroient outrepassé leur pouvoir !. Je le veux : mais cette réponse ne satisfait pas à la principale difficulté. C'est enfin que pour complaire aux luthériens il eüt fallu leur abandonner tout ce qui tendoit à exclure tant la présence réelle que les autres points contestés avec eux, c'est-à-dire changer manifestement dans des articles si considérables une profession de foi qu'on dit expressément contenue dans la parole de Dieu.

Ilse faut bien garder deconfondre ensemble ce qu'on voulut faire alors et ce qu'on a fait depuis, en recevant les luthériens à la communion au synode de Charenton en 1631. Cette dernière action marque seulement que les calvinistes peuvent supporter la doctrine luthérienne comme une doctrine qui ne donne aucune atteinte aux fondemens de la foi. Mais certainement c'est autre chose de supporter dans la confession de foi des luthériens ce qu'on croit y étre uneerreur; autre chose de supprimer dans la sienne propre ce qu'on y eroit une vérité révélée de Dieu, et déclarée expressément par sa parole. C'est ce qu'on avoit résolu de faire dans l'assemblée de Francfort et au synode de Sainte-Foi; c'est ce qu'on auroit exécuté s’il avoit plu aux luthériens : de sorte qu'il n’a tenu qu'aux défenseurs de la présence réelle qu'on n'ait effacé tout ce qui la choque dans les confessions de foi des sacramentaires. Mais c'est qu'on s'expose à changer souvent quand on a une fois changé : une confession de foi qui change la doctrine des siécles passés montre dès là qu'elle peut elle-même être changée ; et il ne faut pas s'étonner que le synode de Sainte-Foi ait cru pouvoir corriger en 1578 ce que le synode de Paris avoit établi en 1559.

Tous ces moyens d'accommodement dont nous venons de parler, loin de diminuer la désunion de nos réformés, l'ont augmentée.

! M. Claude, dans la Conf. Nog., Rép. à l'Exp., p. 149.

> 0.07 Différence de ce qu'on

vouloit faire en faveur des luthériens à Francfort et à Sainte-Foi d'avec ce qu'on a fait

depuis à Charenton

Esprit d'inslabi-

lité dans le calvinisme.

La dispute de Piscator

Sa doctrine est détestée par le synode national de Gap. Premiére décision.

On voyoit des gens, qui sans bien savoir encore à quoi s’en tenir , avoient commencé par rompre avec toute la chrétienté. On sentoit une religion bâtie sur le sable, qui n’avoit pas même de stabilité dans ses confessions de foi, quoique faites avec tant de soin et publiées avec tant d'appareil. On ne pouvoit se persuader qu'on n'eüt pas le droit d'innover dans une religion si changeante; et c'est ce qui produisit les nouveautés de Jean Fischer ou le Pécheur, connu sous le nom de Piscator, et celles d'Arminius.

L'affaive de Piscator nous apprendra beaucoup de choses importantes; et je demande qu'il me soit permis de la rapporter tout au long, d'autant plus qu'elle est peu connue par la plupart de nos réformés.

Piscator enseignoit la théologie dans l'académie de Herborne, ville du comté de Nassau, vers la fin du siècle passé. En examinant la doctrine de la justice imputée, il dit que la justice de Jésus- Christ, qui nous étoit imputée, n'étoit pas celle qu'il avoit pratiquée dans tout le cours de sa vie, mais celle qu'il avoit subie en portant volontairement la peine de notre péché sur la croix; c’étoit-à-dire que la mort de Notre-Seigneur étant le sacrifice de prix infini par lequel il avoit satisfait et payé pour nous, c'étoit aussi par cet acte seul que le Fils de Dieu étoit proprement Sauveur, sans qu'il füt besoin d'y en joindre d'autres, parce que celui-ci étoit suffisant : de sorte que si nous avions à être justifiés par imputation , c'étoit par celle de cet acte, en vertu duquel précisément nous nous trouvions quittes envers Dieu, et « oü l'original de la sentence portée contre nous avoit esté effacé, » comme dit saint Paul, « par le sang qui pacifie le ciel et la terre‘. »

Cette doctrine fut détestée par nos calvinistes dans le synode de Gap, en 1603, comme contraire aux articles xvur, xx et xxii de la Confession de foi ; et on arréte « qu'il sera écrit à M. Piscator et à l'université en laquelle il enseigne ?. »

Il est certain que ces trois articles ne décidoient rien sur l'affaire de Piscator : c'est pourquoi nous ne voyons plus qu'on ait parlé des articles xxii et xxi. Et pour le xviu*, où l'on prétendit toujours qu’étoit la décision, il ne disoit autre chose, sinon que

! Coloss., 11, 14. — ? Syn. de Gap, chap. de la Conf. de foy.

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