‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 321 sur 387 · LIVRE XII, N. XX-XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. XX-XXII

concernant le bien, union et repos de toutes les églises '. »

Voilà done manifestement, par l'autorité de tout un synode national, la foi des églises prétendues de France entre les mains de quatre ministres et de M. de Turenne, avec pouvoir d'en régler ce qu'il leur plairoit; et ceux qui ne veulent pas qu'on puisse s'en rapporter à toute l'Eglise dans les moindres points de la foi, s'en rapportent à leurs députés.

On s'étonnera peut-étre de voir M. de Turenne nommé entre ces docteurs : mais c'est que « ce bien, union et repos de toutes les églises, » pour lequel on faisoit la députation, disoit beaucoup plus qu'il ne paroissoit d'abord. Car le duc Jean Casimir et Henri dela Tour vicomte de Turenne, qu'on députe avec les ministres, songeoient à établir ce repos par autre chose que par des discours et des confessions de foi: mais elles entroient nécessairement dans la négociation; et l'expérience avoit fait voir qu'on ne pouvoit liguer comme il faut ces églises nouvellement réformées, sans auparavant convenir dans la doctrine. Toute la France étoit embrasée de guerres civiles ; et le vicomte de Turenne jeune alors, mais plein d'esprit et de valeur, que le malheur des temps avoit entraîné dans le parti depuis deux ou trois ans seulement, s'y étoit donné d'abord tant d'autorité, moins encore par son illustre naissance qui le lioit aux plus grandes maisons du royaume que par sa haute capacité et par sa valeur , qu'il étoit déjà lieutenant du roi de Navarre depuis Henri IV. Un homme de ce génie entra aisément dans le dessein de réunir tous les protestans : mais Dieu ne permit pas qu'il en vint à bout. On trouva les luthériens intraitables; et les confessions de foi, malgré la résolution qu'on avoit prise unanimement de les changer toutes, subsistérent comme contenant la pure parole de Dieu , à laquelle il n'est permis ni d’ôter ni d'ajouter. j

Nous voyons que l'année d’après, c'est-à-dire en 1579, on espéroit encore l'union, puisque les calvinistes des Pays-Bas écrivirent en commun aux luthériens auteurs du livre de la Concorde, à Kemnice, à Chytré, à Jacques André et aux autres outrés défen-

1 Hist. de lass. de Franc., Act. auth. Blond., p. 63; Syn. de Saiünte-Foi, p. 5, 6.

La foi entre les mains de quatre ministres et de M. de Turenne.

Pourquoi M. de Turenne dans celte députalion pour la doctrine.

Lettre où es calvinisles re-

connoissent Luther et Mé-

lanchthon

pour leurs

pères.

Le projet de la confession commune continué jusqu'à nos jours, ettoujours inutilement.

Vaines défaites des ministres,

seurs de l’ubiquité, qu'ils ne laissoient pas d'appeler non-seulement leurs fréres, mais leur chair; tant leur union étoit intime malgré des divisions si considérables, les invitant « à prendre des conseils modérez, à entrer dans les moyens d'union pour lesquels lesynode de France (c'étoit celui de Sainte-Foi) avoit nommé des députez ; et à l'exemple, disent-ils, de nos saints pères, Luther, Zuingle , Capiton , Bucer, Mélanchthon, Bullinger, Calvin, » qui s'étoient entendus comme on a vu. Voilà done les peres communs des sacramentaires et des luthériens ; voilà ceux dont les calvinistes vantent la concorde et les conseils modérés.

Tous ces desseins d'union furent sans effet; et les défenseurs du sens figuré, loin de pouvoir convenir d'une commune confession de foi avec les luthériens défenseurs du sens littéral, n'en purent pas méme convenir entre eux. On en renouvela souvent la proposition, et encore presque de nos jours en l'an 1614 au synode de Tonneins, ce qui fut suivi en 1615 des expédiens proposés par le célèbre Pierre Dumoulin. Mais quoiqu'il en eût été remercié par le synode de l'Isle de France, tenu la méme année au bourg d'Ay en Champagne'!, et qu'il eüt le crédit qu'on sait non-seulement en France parmi ses confrères, mais encore en Angleterre et dans tout son parti, tout demeura inutile. Les églises qui défendent le sens figuré ont reconnu le mal essentiel de leur désunion, mais elles ont reconnu en méme temps qu'il étoit irrémédiable ; et cette commune confession de foi tant désirée et tant recherchée est devenue une idée de Platon.

Ce seroit une partie de l'histoire de rapporter les réponses des ministres à ce décret de Sainte-Foi, après qu'il eut été produit ?. Mais tout tombe par le récit que je viens de faire. Les uns disoient qu'il s'agissoit seulement d'une tolérance mutuelle : mais on voit bien qu'une commune confession de foi n'y eüt pas été nécessaire, puisque l'effet de cette tolérance n'est pas de se faire une foi commune, mais de souffrir mutuellement chacun dans la sienne. D'autres, pour excuser le grand pouvoir qu'on donnoit à quatre députés de décider de la doctrine, ont répondu que c'est qu'on savoit « à peu prés » de quoi on pouvoit convenir ?. Cet à peu prés

1 Act. auth. Blond., p. 712.—? Exp.,art. 20, t. XIII, p. 102.— ? An., IL Rep., p. 865.

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