‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 324 sur 387 · LIVRE XII, N, XXXIII-XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N, XXXIII-XXXV

chargés de la loi morale en l'accomplissant. Tout cela montre e peu de justesse de nos réformés, plus soigneux d'étaler de l'érudition et de jeter en l'air de grands mots, que de parler avec précision dans leurs décrets.

Je ne sais pourquoi l'affaire de Piscator tenoit si extraordinairement au cœur à nos réformés de France, ni pourquoi le synode de Privas en étoit venu aux dernières précautions, en ordonnant la souscription que nous avons vue. Il falloit du moins s'en tenir là: un formulaire de foi qu'on fait souscrire à tous les pasteurs, doit expliquer la matiére pleinement et précisément. Néanmoins, aprés cette souscription et tous les décrets précédens, on eut besoin de faire encore une nouvelle déclaration au synode de Tonneins en 1614. Quatre grands décrets coup sur coup, et en termes si différens, sur un article particulier et dans une matiére si bornée, c'est assurément beaucoup : mais dans la nouvelle Réforme on trouve toujours quelque chose qu'il faut ajouter ou diminuer; et jamais on n'y explique la foi si sincérement, ni avec une si pleine suffisance , qu'on s'en tienne précisément aux premières décisions.

Pour achever cette affaire, je ferai une courte réflexion sur le fond de la doctrine, et quelques autres réflexions sur la procédure.

Sur le fond , j'entends bien que la mort de Jésus-Christ, et le paiement qu'il a fait pour nous à la justice divine de la peine dont nous étions redevables envers elle, nous est imputé comme on impute à un débiteur le paiement que sa caution fait à sa décharge. Mais que la justice parfaite accomplie par Notre-Seigneur dans sa vie et dans sa mort, et l'obéissance absolue qu'il a rendue à la loi nous soit imputée ou, comme on parle, allouée dans le méme sens que le paiement de la caution est imputé au débiteur : c'est dire que par sa justice il nous décharge de l'obligation d’être gens de bien, comme par son supplice il nous décharge de l'obligation de subir celui que nos péchés avoient mérité.

J'entends donc et trés-clairement d'une autre manière à quoi il nous sert d'avoir un Sauveur d'une sainteté infinie. Car par là je le vois seul digne de nous impétrer toutes les graces nécessaires

Quatrième décision contre Piscator au synode de Tonneins.

Impiété de la justice impulative

comme

elle est proposée par ces synodes.

XXXY.

Nelteté et simplicité de la doclrine ca-

totique, pour nous faire justes. Mais que formellement nous soyons faits ao. justes parce que Jésus-Christ l'a été, et que sa justice nous soit curilés de » 5s : : Aet 4 .

u doetrne allouée comme s'il avoit accompli la loi à notre décharge, ni contraire, 4, . ; .

l'Ecriture ne le dit, ni aucun homme de bon sens ne le peut entendre.

Par ce moyen, en comptant pour rien la justice que nous avons intérieurement , et celle que nous pratiquons par la grace, on nous fait tous dans le fond également justes, parce que la justice de Jésus-Christ, qu'on suppose être la seule qui nous rende justes, est infinie.

On ravit aussi aux élus de Dieu la couronne de justice, que le juste Juge réserve à chacun en particulier, puisqu'on suppose qu'ils ont tous la méme justice qui est infinie ; ou si enfin on avoue que cette justiceinfinie nous est allouée par divers degrés, suivant que nous en approchons plus ou moins par la justice particulière quela grace met en nous, c'est avec des expressions extraordinaires ne dire que la méme chose que les catholiques.

xxvi. Voilà en peu de paroles ce que j'avois à dire sur le fond. J'aurai Réflexion ^ . A , . .

sia pro. encore plutôt fait sur la procédure : elle n'a rien que de foible, cédure. . . re , .

Qu'on sr, Tien de grave ni de sérieux. L'acte le plus important est le formu-

allègue

rentre laire de souscription ordonné au synode de Privas : mais d'abord

f. ON n'y songe pas seulement à convaincre Piscator par les Ecritures. Il s'agissoit d'établir « que l'obéissance de Jésus-Christ, par laquelle il a aecompli toute la loy dans sa vie et dans sa mort, nous est allouée pour nous rendre justes; » ce qu'on appelle dans le formulaire de Privas, comme on avoit fait à Gap, l'imputation de la justice active.

Or tout ce qu'on a pu trouver en quatre synodes pour établir cette doctrine et l'imputation de cette justice active par les Ecritures , c'est que « le Fils de l'homme est venu non pas pour estre servi, mais pour servir : » passage si peu convenant à la justice imputée , qu'on ne peut pas méme entrevoir pourquoi il est allégué.

C'est-à-dire que dans la nouvelle Réforme, pourvu qu'on ait nommé la parole de Dieu avec emphase et qu'ensuite on ait jeté un passage en l'air, on croit avoir satisfait à la profession qu'on a

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