‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 325 sur 387 · LIVRE XII, N. XXXVII, XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. XXXVII, XXXVIII

faite de n'en croire que l'Ecriture en termes exprés. Les peuples sont éblouis de ces magnifiques promesses, et ne sentent pas même ce que fait sur eux l'autorité de leurs ministres, quoique ce soit elle au fond qui les détermine.

Non-seulement on n'a rien prouvé contre Piscator par la parole de Dieu, mais encore on n'a rien prouvé par la confession de foi qu'on lui opposoit.

Car nous avons vu d'abord qu'on abandonne à Privas les articles xx et xx qu'on avoit allégués à Gap. On se réduit au xvi; et comme il ne disoit rien que de général et d'indéfini, on s'avise de faire dire dans le formulaire : « Je déclare et proteste que j'entens l'article xvii de nostre confession de foy selon le sens receà en nos églises, approuvé par les synodes et conforme à la parole de Dieu. »

La parole de Dieu eût suffi seule : mais comme on en disputoit, pour finir, il en fallut revenir à l'autorité des choses jugées, et s'en tenir à l'article de la confession de foi, « en l'entendant, » non selon ses termes précis, mais « selon le sens receü dans les Eglises et approuvé dans les synodes nationaux; » ce qui enfin règle la dispute par la tradition, et nous montre que le moyen le plus assuré pour entendre ce qui est écrit, c'est de voir comment on l'a toujours entendu.

Voilà ce qui se passa dans l'affaire de Piscator en quatre synodes nationaux. Le.dernier avoit été celui de Tonneins, tenu en 1614, oü apres la souscription ordonnée dans le synode de Privas tout paroissoit défini de la manière du monde la plus sérieuse : et néanmoins ce n'étoit rien ; car l'année d'aprés, sans aller plus loin, ' c’est-à-dire en 4615, Dumoulin, le plus célèbre de tous les minisires, s’en moqua ouvertement avec l'approbation de tout un synode : en voici l'histoire.

On étoit toujours inquiet dans le parti de la Réforme opposé au luthéranisme , de n'y avoir jamais pu parvenir à une commune confession de foi qui en réunit tous les membres, comme la Confession d'Augsbourg réunissoit les luthériens. Tant de diverses confessions de foi montroient un fond de division qui affoiblissoit le parti. On revint donc encore une fols au dessein de les réunir. Dumoulin en proposa les moyens dans un écrit envoyé au synode

Maniére dont on allégue la confession de foi.

XXXVII, On se moque detous ces décrets Rien de sérieux dans la Réforme

Mémoire de Dumoulin approuvé dans le

synode d'Ay.

Paroles de Dumoulin:

dissimula tion. Caraclére de

l'hérésie

reconnu dans la

Réforme.

de l'Isle de France. Tout alloit à dissimuler les dogmes dont on ne pouvoit convenir; et Dumoulin écrit en termes formels que parmi les choses qu'il faudra dissimuler dans cette nouvelle confession de foi, il faut mettre «la question de Piscator touchant la justification ! : » une doctrine tant défestée par quatre synodes nationaux devient tout à coup indifférente , selon l'opinion de ce ministre ; et le synode de l'Isle de France, de la même main dont il venoit de souscrire à la condamnation de Piscator, et la plume, pour ainsi dire, encore toute trempée de l'enere dont il avoit fait cette souscription, remercie Dumoulin par lettres expresses de cette ouverture ? : tant il y a d'instabilité dans la nouvelle Réforme, et tant on y sacrifie les plus grandes choses à cette commune confession qui ne s'est pu faire.

Les paroles de Dumoulin sont trop mémorables pour n'étre pas rapportées : «Là, dit-il, dans cette assemblée qu'on tiendra pour cette nouvelle confession de foi, je ne voudrois point qu'on disputast de la religion : car depuis que les esprits se sont échauffez, ils ne se rendent jamais, et chacun en s’en retournant dit qu'il a vaincu : mais je voudrois que sur la table fust mise la confession des églises de France, d'Angleterre, d'Ecosse, des Pais-Bas, du Palatinat, des Suisses, etc. Que de ces confessions on táchast d'en dresser une commune, en laquelle on dissimulast plusieurs choses, sans la connoissance desquelles on peut estre sauvé, comme est la question de Piscator sur la justification, et plusieurs opinions subtiles proposées par Arminius sur le franc arbitre , la prédestination et la persévérance des saints ?. »

Il ajoute que Satan, qui « a corrompu l'Eglise romaine par le trop avoir, » c'est-à-dire, « par l'avarice et l'ambition, tasche à corrompre les églises » de la nouvelle Réforme « par le trop scavoir, » c'est-à-dire par la curiosité, qui est en effet la tentation où succombent tous les hérétiques, et le piége oü ils sont pris : et conclut que sur les voies d'accommodement « on aura fait une grande partie du chemin, si on veut se commander d'ignorer plusieurs choses, se contenter des nécessaires à salut, et se supporter dans les autres. »

1 Act. auth., Blond., pièce VI, p. 72. — ? Ibid. — ? [bid., n. 4.

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