LIVRE XII, N. XLIII
Il ne me reste qu’à prier nos Frères de considérer les grands pas qu’ils ont vu faire, non pas à des particuliers, mais à leurs églises en corps, sur des choses qu'on y avoit décidées avec toute l'autorité, disoit-on , de la parole de.Dieu : cependant tous ces décrets n'ont rien été. C'est un style de la Réforme de nommer toujours la parole de Dieu : on n'en croit pas pour cela davantage, et on supprime sans crainte ce qu'on avoit avancé avec une si grande autorité, mais il ne faut pas s'en étonner. Il n'y a rien de plus authentique dans la religion que des confessions de foi : rien ne doit avoir été plus autorisé par la parole de Dieu que ce que les calvinistes y avoient dit contre la présence réelle et contre les autres dogmes des luthériens. Ce n'étoit pas seulement Calvin qui avoit traité « de détestable l'invention de la présence corporelle : » De corporali prasentià detestabile commentum * : toute la Réforme de France venoit de dire en corps par la bouche de Bèze, « qu'elle détestoit ce monstre et la consubstantiation » luthérienne, avec « la transsubstantiation » papistique ?. Mais il n'y a rien de sincere ni de sérieux dans ces détestations de la présence réelle, puisqu'on a été prét à retrancher tout ce qu'on avoit dit contre, et que ce retranchement se devoit faire, non-seulement par un décret d'un synode national, mais encore par un commun résultat de tout le parti assemblé solennellement à Francfort. La doctrine du sens figuré , pour ne point parler ici des autres , aprés tant de combats et tant de martyres prétendus , seroit supprimée par un éternel silence, s'il avoit plu aux luthériens. L'Angleterre, la France, l'Allemagne, les Suisses, les Pays-Das, en un mot tout ce qu'il y a de calvinistes dans le monde ont consenti à la suppression. Comment done peut-on demeurer si attaché à un dogme qu'on voit si peu révélé de Dieu, que par les voeux communs de tout le parti il est déjà retranché de la profession du christianisme?
111 Déf. cont. Vestph., op. 83. — ? Ci-dessus, n. 9.