LIVRE XII, N. XL-XLII
La question eüt été d'en convenir : car si par les choses dont la x.
Réflexion
connoissance est nécessaire à salut, il entend celles que chaque sur ces
paroles de
particulier est obligé à savoir expressément sous peine de dam- Dumoutin,
approu-
nation, cette commune confession de foi est déjà faite dans levées dans Symbole des apôtres et dans celui de Nicée. L'union que l’on feroit «ar sur ce fondement s'étendroit bien loin au delà des églises nouvellement réformées , et on ne pourroit s'empécher de nous y comprendre : mais «si par la connoissance des choses nécessaires à
salut » il entend la pleine explication de toutes les vérités expressément révélées de Dieu, qui n'en a révélé aucune dont la connois-
sance ne tende à assurer le salut de ses fidèles; « y dissimuler »
ce que les synodes ont déclaré « expressément révélé de Dieu avec détestation » des erreurs contraires, c'est se moquer de l'Eglise,
en tenir les décrets pour des illusions méme aprés les avoir signés, trahir sa religion et sa conscience.
Au reste quand'on verra que ce même Dumoulin, qui passe ici xu. si légèrement avec les propositions de Piscator les propositions t TE bien plus importantes d'Arminius, en fut dans la suite un des ^ ^ plus impitoyables censeurs : on reconnoitra dans son procédé la perpétuelle inconstance de la nouvelle Réforme qui accommode ses dogmes à l'occasion.
Pour achever le récit du projet de réunion qu'on fit alors, aprés — xau.
Points im-
cette commune confession de foi du parti opposé aux luthériens, portans à
. . ptg s supprimer on vouloit encore en faire une plus vague et plus générale, où les entre au-
tres ce qui
luthériens seroient compris. Dumoulin développe ici toutes les :scomaniéres dont on pourroit s'expliquer, « sans condamner ni la pede présence réelle , ni l'ubiquité , ni la nécessité du baptême t, » ni bu les autres dogmes luthériens; et ce qu'il ne peut sauver par des équivoques ou des expressions vagues, il l'enveloppe le mieux
qu'il peut dans le silence : il espère par ce moyen abolir les mots
de Luthériens, de Calvinistes, de Sacramentaires, et faire par ses équivoques qu'il ne reste plus aux protestans que le nom commun
d' Eglise chrétienne réformée. Tout le synode de l'Ile de France applaudit à ce beau projet; et c’est aprés cette union qu'il seroit temps, poursuit Dumoulin, de solliciter d'accord l'Eglise romaine :
1 Act. auth., Blond., n. 12, 13,
Imporlance des disputes entre les défenseurs du sens figuré.
mais il doute qu'on y réussit. Il a raison ; car nous n'avons point d'exemple qu'en matière de religion elle ait jamais approuvé des équivoques, ou consenti à la suppression des articles qu'elle a crus une fois révélés de Dieu.
Au reste je n'accorde pas à Dumoulin et aux autres de méme parti, que les diversités de leurs confessions de foi ne soient que dans la méthode et dans les expressions, ou bien en police et cérémonies ; ou si c’étoit sur les matières de foi, que ce fût en choses qui n'étoient encore passées en loi ni réglement publie : car on a pu voir et on verra le contraire dans toute la suite de cette histoire. Et peut-on dire, par exemple, que la doctrine de l'épiscopat, où l'église d'Angleterre est si ferme, et qu'elle pousse si loin qu'elle ne recoit les ministres calvinistes qu'en les ordonnant de nouveau, soit une affaire de langage, ou en tout cas de pure police et de pure cérémonie? N'est-ce rien de regarder une église comme n'ayant point de pasteurs légitimement ordonnés? Il est vrai qu'on leur rend bien la pareille, puisqu'un fameux ministre du calvinisme a écrit ces mots : « Si quelqu'un des nostres enseignoit la distinction de l'évesque et du prestre, et qu'il n'y a pas de vray ministère sans évesques, nous ne le pourrions souffrir dans nostre
' communion , c'est-à-dire au moins dans nostre ministère 1, » Les
protestans anglois en sont done exclus. Est-ce là un différend de peu d'importance? Ce n'est pas ainsi qu'en parle le méme ministre, puisqu'il demeure d'aecord que « pour ces différences, » qu'il veut appeler « petites, de gouvernement et de discipline, on se traite comme des excommuniez ?. » Que si l'on vient au particulier de ces confessions de foi , combien trouvera-t-on de points dans les unes qui ne sont point dans les autres? Et en effet si la différence n'étoit que dans les mots, il y auroit trop d'opiniátreté à n'en pouvoir convenir aprés l'avoir si souvent tenté : si elle n'étoit qu'en cérémonies, la foiblesse seroit trop grande de s'y arréter; mais c'est que chacun ressent qu'on n'est pas d'accord dans le fond ; etsi on se vante cependant d'étre bien unis, cela ne sert qu'à confirmer que l'union de la nouvelle réformation est plus
. politique qu'ecclésiastique.
1 Jur., Syst., p. 214, — ? Id., Avis aux Protest,, n. 5, à la téte des Préj. lég.