‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 329 sur 387 · LIVRE XIII, N. III · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. III

que la puissance pontificale alloit être anéantie !; et comme sa prédication étoit ce souffle de Jésus-Christ par lequel l'homme de péché alloit tomber, sans armes, sans violence, sans qu'autre que lui s'en mélàt : tant il étoit ébloui et enivré de l'effet inespéré de son éloquence. Toute la Réforme attendoit un prompt accomplissement de cette nouvelle prophétie. Comme on vit que le Pape subsistoit toujours (car bien d'autres que Luther se briseront contre cette pierre), et que la puissance pontificale, loin de tomber par le souffle de ce faux prophète, se soutenoit contre la conjuration de tant de princes soulevés, en sorte que l'attachement du peuple de Dieu pour cette autorité sainte, qui fait le lien de son unité, redoubloit plutót qu'il ne s'affoiblissoit par tant de révoltes : on se moqua de l'illusion des prophéties de Luther, et de la folle crédulité de ceux qui les avoient prises pour des oracles célestes. Calvin y trouva pourtant une excuse, et il dit à quelqu'un qui s'en -moquoit, que «si le corps de la papauté subsistoit encore, l'esprit et la vie en estoient sortis, de maniére que ce n'estoit plus qu'un corps mort ?. » Ainsi on hasarde une prophétie; et quand l'événement n'y répond pas, on en sort par un tour d'esprit.

. Mais on nous dit avec un air sérieux que c'est une prophétie non pas de Luther, mais de l'Ecriture, et qu'on la voit avec évidence {car il le faut bien, puisque c'est un article de foi) dans saint Paul et dans Daniel. Pour ce qui est de l'Apocalypse, il ne plaisoit pas à Luther d'employer ce livre, ni de le recevoir dans son canon. Mais pour saint Paul, qu'y avoit-il de plus évident, puisque le Pape « est" assis dans le temple de Dieu ?? » Dans l'Eglise, dit Luther, c'est-à-dire sans difficulté, dans la vraie Eglise, dans le vrai temple de Dieu, n'y ayant dans lEcriture aucun exemple qu'on appelle de ce nom un temple d'idoles : de sorte que le premier pas qu'il faut faire pour bien entendre que le Pape est l'Antechrist , est de reconnoitre pour la vraie Eglise celle dans laquelle il préside. La suite n'est pas moins claire. Qui ne voit que « le Pape se montre comme un Dieu, s'élevant au-dessus de tout ce qu'on adore , » principalement dans ce sacrifice tant condamné

1 Ci-dessus, liv. I, n. 31. — ? Gratul., ad Ven. Presbyt., Opusc., p. 331. — 3 II Thessal., 11, 4; ci-dessus, liv. IIl, n. 60.

défaite aussi vaine de Calvin.

Daniel et S. Paul produits

en l'air.

Les proleslans se déshonorent euxmémes par cette doc-

trine.

Illusions sur l'Apocalypse.

600 j HISTOIRE DES VARIATIONS.

par nos réformés, où pour se montrer Dieu, le Pape confesse ses péchés avec tout le peuple, et s'éléve au-dessus de tout en priant et tous les Saints et tous ses fréres de demander pardon pour lui; déclarant aussi dans la suite, et dans la partie la plus sainte de ce sacrifice , qu'il espère ce pardon, « non par ses mérites, mais par bonté et par grace, au nom de Jésus-Christ Nostre-Seigneur? » Antechrist de nouvelle forme, qui oblige tous ses adhérens à mettre leur espérance en Jésus-Christ , et qui pour avoir toujours été le plus ferme défenseur de sa divinité, est mis par les sociniens à la téte de tous les antechrists, comme le plus grand de tous et le plus incompatible avec leur doctrine.

Mais encore, si un tel songe mérite qu'on s'y applique, lequel est-ce de tous les Papes qui est « ce méchant et cét homme de péché » marqué par saint Paul? On ne voit dans l'Ecriture de semblables expressions que pour caractériser quelque personne particulière. N'importe, c'est tous les Papes, après saint Grégoire, comme on disoit autrefois; et, comme on le dit à présent, c'est tous les Papes depuis saint Léon, qui sont « cét homme de péché, ce méchant » et cet Antechrist, encore qu'ils aient converti au christianisme l'Angleterre, l'Allemagne , la Suède, le Danemark , la Hollande : si bien que tous ces pays, en embrassant la Réforme, ont reconnu publiquement qu'ils avoient recu le christianisme de l'Antechrist même. |

Qui pourroit ici raconter les mystères que nos réformés ont trouvés dans l'Apocalypse , et les prodiges trompeurs de la bête, qui font les miracles que Rome attribue aux Saints et à leurs reliques, afin que saint Augustin, et saint Chrysostome, et saint Ambroise, et les autres Pères, dont on convient qu'ils ont annoncé de pareils miracles d'un consentement unanime, soient des précurseurs de l'Antechrist? Que dirai-je du caractère que la bête imprime sur le front, qui veut dire le signe méme de la croix de Jésus-Christ, et le saint chréme dont on se sert pour l'y imprimer, afin que saint Cyprien et tous les autres évéques devant et aprés, qui constamment, comme on en demeure d'accord, ont appliqué ce caractère, soient des antechrists, et les fidèles, qui l'ont porté dés l'origine du christianisme, marqués à la marque de la béte;

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