‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 330 sur 387 · LIVRE XIII, N. VI, VII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. VI, VII

et le signe du Fils de l'homme, le sceau de son adversaire? On se lasse de raconter ces impiétés; et je crois pour moi que ce sont ces impertinences et ces profanations du saint livre de l'Apocalypse, qu'on voyoit croître sans fin dans la nouvelle Réforme, qui firent que les ministres eux-mêmes, las de les entendre, résolurent dans le synode national de Saumur, « que nul pasteur n'entreprendroit l'exposition de l'Apocalypse sans le conseil du synode provincial t. »

Or eneore que les ministres n'aient cessé d'animer le peuple par ces idées odieuses d'antichristianisme , jamais on n'avoit osé les faire paroitre dans les confessions de foi, quelque envenimées qu'elles fussent toutes contre le Pape. Le seul Luther avoit inséré parmi les articles de Smalcalde un long article de la Papauté, qui ressemble plus à une outrageuse déclamation qu’à un article dogmatique, et il y avoit inséré cette doctrine ?: mais nul autre mavoit suivi cet exemple. Bien plus, lorsque Luther proposa l'article, Mélanchthon refusa de le souscrire ?; et nous lui avons vu dire, du commun consentement de tout le parti, que la supériorité du Pape étoit un si grand bien pour l'Eglise, qu'il la faudroit établir si elle n'étoit pas établie *: cependant c'est précisément dans cette supériorité que nos réformés reconnurent le caractère de l'Antechrist dans le synode de Gap en 1603.

On y disoit que l'évéque de Rome «prétendoit domination sur toutesles églises et pasteurs, etse nommoit » Dieu. En quel endroit? dans quel concile? dans quelle profession de foi? C'est ce qu'il falloit marquer, puisque c'étoit le fondement du décret. Mais on n'a osé; car on auroit vu qu'il n’y avoit à produire que quelque impertinent glossateur, qui disoit que d'une certaine manière, et au sens que Dieu dit aux juges : « Vous êtes des dieux , » le Pape pouvoit étre appelé Dieu. Grotius s'étoit moqué de cette objection de son parti, en demandant depuis quand on prenoit pour dogme recu les hyperboles de quelque flatteur. Je suis bien aise de dire que le reproche qu'on fait au Pape, de se nommer Dieu, n'a point d'autre fondement. Sur cefondement on décide « qu'il est propre-

1 Syn. de Saumur, 1596. — ? Ci--dessus, liv. IV, n. 38. — ? Ibid., n. 39. — ^ Liv. V, n. 24,

Cette doctrine de l'Ante-

christ n'étoit dans aucun acte de la Réforme :

Luther la met dans les articles de Smalcalde :

mais Mé- Janchthon s’y oppose,

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