‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 332 sur 387 · LIVRE XII, N. X · texte numérisé non relu

LIVRE XII, N. X

yeux des réformez cette grande et importante vérité, que le papisme est l'antichristianisme, ils ne seroient pas tombez dans le relaschement où on les voit aujourd'huy. Mais il y avoit si longtemps qu'ils n'avoient oui dire cela, qu'ils l'avoient oublié !. »

C'est done ici un des fondemens de la Réforme; et cependant,

poursuit cet auteur, il est arrivé par un aveuglement manifeste, « qu'on se soit uniquement attaché à des controverses qui ne sont que des accessoires, et qu'on ait négligé celle-cy, que le papisme est l'empire antichrestien ?. » Plus il s'attache à cette matière, plus son imagination s'échauffe. « Selon moy, continue-t-il, c'est iey une vérité si capitale, que sans elle on ne scauroit estre vray chrétien. » Et ailleurs: « Franchement, dit-il; je regarde si fort cela comme un article de foy des vrais chrétiens, que je ne scaurois tenir pour bons chrétiens ceux qui nient cette vérité aprés que les événemens et les travaux de tant de grands hommes l'ont mise dans une si grande évidence?. » Voici un nouvel article fondamental dont on ne s'étoit pas encore avisé, et qu'au contraire on « avoit malheureusement abandonné » dans la Réforme : « car, ajoute-t-il, cette controverse estoit si bien amortie, que nos adversaires la croyoient morte, et ils s'imaginoient que nous avions renoncé à cette prétention, ef à ce fondement de toute nostre Réforme ^. »

Il est vrai pour moi, que depuis que je suis au monde je n'ai jamais trouvé parmi nos prétendus réformés aucun homme de bon sens qui fit fort sur cet article : de bonne foi, ils avoient honte d'un si grand excès; et ils étoient plus en peine de nous excuser les emportemens de leurs gens qui avoient introduit au monde ce prodige, que nous ne l'étions à le combattre. Les habiles protestans nous déchargeoient de ce soin. On sait ce qu'a écrit sur ce sujet le savant Grotius, et combien clairement il a démontré que le Pape ne pouvoit étre l'Antechrist *. Si l'autorité de Grotius ne paroit pas assez considérable à nos réformés, parce qu'en effet ce savant homme en étudiant soigneusement les Ecritures et en li-

1 Avis, tom. I, p. 48.— ? Ibid, et suiv. — 9 Acc. des Proph., | part., chap. xvi, p. 292. — ^ Avis, etc.; tbid., p. 49, 50. — 5 Avis, p. ^; Acc., I part., chap. XVI, p. 291.

Réfutée par les plus savans protestans, Grotius,

Hammond, Jurieu luiméme.

Exposition de la doc-

irine du ministre Jurieu.

sant les anciens auteurs ecclésiastiques, s’est désabusé peu à peu des erreurs oü il étoit né : le docteur Hammond, ce savant Anglois, n'étoit pas suspect dans le parti. Cependant il ne s'est pas moins attaché que Grotius à détruire les réveries des protestans sur l'antichristianisme imputé au Pape.

Ces auteurs , avec quelques autres qu'il plait à notre ministre d'appeler « la honte et l'opprobre non-seulement de la Réforme, mais encore du nom chrétien !, » étoient entre les mains de tout le monde et recevoient des louanges, non-seulement des catholiques, mais encore de tout ce qu'il y avoit de gens habiles et modérés parmi les protestans. M. Jurieu lui-màme étoit ébranlé par leur autorité. C'est pourquoi dans ses Préjugés légitimes, il nous donne tout ce qu'il dit de l'Antechrist comme une chose qui n'est pas unanimement recue, comme une chose « indécise, » comme une peinture « de laquelle les traits sont applicables à divers sujets, dont quelques-uns sont déjà venus, et d'autres peut-estre sont à venir ?. » Aussi l'usage qu'il en fait lui-même est d'en faire « un préjugé contre le papisme, » et non pas « une démonstration. » Mais cet article est redevenu à la mode : que dis-je? ce qui étoit indécis est devenu le fondement de toute la réformation. « Car certainement, dit notre auteur, je ne la croy bien fondée, cette réformation, qu'à cause de cela, que l'Eglise que nous avons abandonnée est le véritable antichristianisme ?. » Qu'on ne se tourmente pas à chercher, comme on a fait jusqu'ici, les articles fondamentaux : voici le fondement des fondemens, sans lequel la Réforme seroit insoutenable. Que deviendra-t-elle donc si cette doctrine, « que le papisme est le vray antichristianisme, » se détruit en l'exposant? La chose sera bien claire pour peu qu'on écoute. J

Il faut seulement songer que tout le mystère consiste à faire bien voir ce qui constitue cet antichristianisme prétendu. Il en faut ensuite marquer le commencement, la durée et la fin la plus prompte qu'on pourra pour consoler ceux qui s'ennuient d'une si longue attente. On croit trouver dans l' Apocalypse * une lumière

1 Avis, p. 4. — ? Préj. lég., 1 part., chap. 1v, p. 72, 13.— 3 Ibid., p. 50. — * Apoc., XI-XIII.

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