‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 342 sur 387 · LIVRE XIH, N. XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XIH, N. XLI

crédule. (a été principalement par ces visions qu'on a excité la haine contre l'Eglise romaine, et qu'on a nourri l'espérance de la voir bientôt détruite. On en revient à cet artifice; et le peuple trompé cent fois, ne laisse pas de préter l'oreille, comme les Juifs livrés à l'esprit d'erreur faisoient autrefois aux faux prophètes. Des exemples ne servent de rien pour désabuser le peuple prévenu. On erut voir dans les prophéties de Luther la mort de la Papauté si prochaine, qu'il n’y avoit aucun protestant qui n'espérât d'assister à ses funérailles. Il a bien fallu prolonger le temps, mais on a toujours conservé le m&me esprit; et la Réforme n'a jamais cessé d’être le jouet de ces prophètes de mensonge, qui prophétisent les illusions de leur cœur.

Dieu me garde de perdre le temps à parler ici d’un Cotterus, d'un Drabicius , d'une Christine, d'un Coménius, et de tous ces autres visionnaires dont notre ministre nous vante les prédictions et reconnoit les erreurs !, Il n'est pas jusqu'au savant Usser qui n'ait voulu, à ce qu'on prétend, faire le prophète. Mais le même ministre demeure d'accord qu'il s'est trompé comme les autres. Ils ont tous été démentis par l'expérience; et « on y trouve, dit le ministre?, tant de choses qui achopent, qu'on ne scauroit affermir son cœur là-dessus. » Cependant il ne laisse pas de les regarder comme des prophétes et de grands prophétes, des Ezéchiels , des Jérémies. Il trouve « dans leurs visions tant de majesté et tant de noblesse que celles des anciens prophétes n'en ont pas davantage, ei une suite de miracles aussi grands qu'il en soit arrivé depuis les apostres. » Ainsi le premier homme de la Réforme se laisse encore éblouir par ces faux prophétes , aprés que l'événement les a confondus : tant l'esprit d'illusion régne dans le parti ; mais les vrais prophètes du Seigneur le prennent d'un autre ton contre ces menteurs qui abusent du nom de Dieu: « Ecoute, Ô Hananias, dit Jérémie, la parole que je t'annonce, et que j'annonce à tout le peuple. Les prophétes qui ont été devant nous dés le commencement, et qui ont prophétisé le bien ou le mal aux nations et aux royaumes, lorsque leurs paroles ont été accomplies, on a vu qu'ils étoient des prophétes que le Seigneur avoit véritablement en-

1 Avis à lous les Ch., au comm., p. 5-7. — ? Acc. des proph., le part., p. 174.

Les prophètes du parti sont des trompeurs.

Aveu du ministre Jurieu.

Les interprétes ne valent pas mieux.

Ce que les minislres ont trouvé dans l'Apocalypse

touchant

voyés ; et la parole du Seigneur fut adressée à Jérémie : Va et dis à Hananias : Voici ce que dit le Seigneur : Tu as brisé des chaînes de bois, en signe de la délivrance future du peuple, et tu les changeras en chaînes de fer : j'aggraverai le joug des nations à qui tu annonces la paix. Etle prophète Jérémie dit au prophète Hananias : Ecoute, Ô Hananias; le Seigneur ne t'a pas envoyé, et tu as fait que le peuple a mis sa confiance dans le mensonge : pour cela, dit le Seigneur, je t'óterai de dessus la face de la terre : tu mourras cette année, parce que tu as parlé contre le Seigneur : et le prophète Hananias mourut cette année au septième mois !. » Ainsi méritoit d'étre confondu celui qui trompoit le peuple au nom du Seigneur, et le peuple n'avoit plus qu'à ouvrir les yeux.

Les interprètes de la Réforme ne valent pas mieux que ses prophètes. L' Apocalypse et les autres prophéties ont toujours été le sujet sur lequel les beaux esprits de la Réforme ont cru qu'il leur étoit libre de se jouer. Chacun a trouvé ses convenances , et les crédules protestans y ont toujours été pris. M. Jurieu reprend souvent, comme on a vu, Joseph Méde qu'il avoit choisi pour son guide?. Il a fait voir jusqu'aux erreurs de Dumoulin son aieul, dont toute la Réforme avoit admiré les interprétations sur les prophéties; et il a montré «que le fondement sur lequel il a basti est tout à fait destitué de solidité. » Il y avoit pourtant beaucoup d'esprit, et une érudition trés-recherchée dans ces visions de Dumoulin : mais c'est qu'en ces occasions plus on a d'esprit, plus on se trompe; parce que plus on a d'esprit, plus on invente et plus on hasarde. Le bel esprit de Dumoulin, qui a voulu?s'exercer sur l'avenir, l'a engagé dans un travail dont on se moque jusque dans sa famille; et M. Jurieu, son petit-fils, qui montre peut-étre dans cette matière plus d'esprit que les autres, n'en sera que plus certainement la risée du monde.

J'ai honte de discourir si longtemps sur des visions plus creuses que celles des malades. Mais je ne dois pas oublier ce qu'il y a de plus important dans ce vain mystère des protestans. Selon l'idée qu'ils nous donnent de l'Apocalypse , rien ne devroit y étre mar-

1 Jer,, XXVIU, 7 et seq. — ? Jur., Acc. des proph., 1re part., p. 115 le part, p. 183.

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