‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 343 sur 387 · LIVRE XIII, N. XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, N. XLIV

qué plus clairement que la Réforme elle-même avec ses auteurs, qui étoient venus pour détruire l’empire de la bête; et surtout elle devroit être marquée dans l'épanchement des sept fioles où sont prédites, à ce qu'ils prétendent, les sept plaies de leur empire antichrétien. Mais ce que voient ici nos interprétes est si mal concu, que l'un détruit ce que l'autre avance. Joseph Mède croit avoir trouvé Luther et Calvin, lorsque la fiole est répandue sur la mer, c'est-à-dire, sur le monde antichrétien , et qu'aussitót cette mer «est changée en un sang semblable à celui d'un corps mort i. » Voilà, dit-il, la Réforme : c'est un poison qui tue tout : car alors «tous les animaux qui étoient dans la mer moururent?. » Méde prend soin de nous expliquer ce sang semblable à celui d'un cadavre, et il dit que c'est comme le sang d'un membre coupé, à cause « des provinces et des royaumes qui furent alors arrachés du corps de la Papauté ?. » Voilà une triste image pour les réformés, de ne voir les provinces de la Réforme que comme « des membres coupés, » qui ont perdu, selon Méde, « toute liaison avec la source de la vie, tout esprit vital et toute chaleur, » sans qu'on nous en dise davantage.

Telle est l'idée dela Réforme, selon Méde. Mais s'il la voit dans l'effusion de la seconde fiole, l'autre interpréte la voit seulement à l'effusion de la septième : « Lorsqu'il sortit, dit saint Jean *, une grande voix du temple céleste comme venant du tróne, qui dit : C’est fait. Et il se fit de grands bruits, des tonnerres et des éclairs, et un si grand tremblement de terre, qu'il n'y en eut jamais un tel depuis que les hommes sont sur la terre : » c'est là, dit-il, la Réforme .

A la vérité ce grand mouvement convient assez aux troubles dont elle remplit tout l'univers, car on n'en avoit jamais vu de semblables pour la religion. Mais voici le bel endroit : « La grande ville fut divisée en trois parties. » C'est, dit notre auteur, l'Eglise romaine, la luthérienne et la calvinienne; voilà les trois partis qui divisent la grande cité , c'est-à-dire l'Eglise d'Occident. J'accepte l'augure; la Réforme divise l'unité : en la divisant elle se

1 Jos. Mèd., ad Ph., 2; Apoc., xvi, 3. — ? Apoc., ibid. — 5 Mèd., ibid, — ^ Apoc., XVI, 17. — 5 Acc., Ile part., chap. vit, p. 122.

leurs réformateurs

Idée du ministre Jurieu.

rompt elle-même en deux, et laisse l'unité à l'Eglise romaine dans la chaire de saint Pierre qui en est le centre. Mais saint Jean ne devoit pas avoir oublié qu'une des parties divisées, c'est-à-dire la calvinienne, se rompoit encore en deux morceaux, puisque l'Angleterre, qu'on veut ranger avec elle, fait néanmoins dans le fond une secte à part; et notre ministre ne doit pas dire que cette division soit légère, puisque de son propre aveu on se traite de part et d'autre « comme des excommuniez !. » En effet l'église anglicane met les calvinistes puritains au nombre des non-conformistes, c'est-à-dire au nombre de ceux dont elle ne permettoit pas le service, et n'en recoit les ministres qu'en les ordonnant de nouveau comme des pasteurs sans aveu et sans caractere. Je pourrois aussi parler des autres sectes qui ont partagé le monde en méme temps que Luther et Calvin, et qui prises ensemble ou séparément, font un assez grand morceau pour n'étre pas omises dans ce passage de saint Jean. Et après tout il falloit donner à la Réforme un caractère plus noble que celui de tout renverser, et une plus belle marque que celle d'avoir mis en pièces l'Eglise d'Occident, la plus florissante de tout l'univers; qui a été le plus grand de tous les malheurs.

1 Ci-dessus, liv. XII, n. 43.

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