LIVRE III, N. IV, V
et religieux se marie trois fois sans scrupule durant son nouveau ministére. C'étoit une recommandation dans le parti, et on aimoit à confondre par ces exemples hardis les observances superstitieuses de l'ancienne Eglise.
II ne paroit pas que Bucer ait rien concerté avec Zuingle : celui-ci avec les Suisses parloit franchement ; Bucer méditoit des accommodemens, et jamais homme ne fut plus fécond en équivoques.
Cependant lui et les siens ne purent alors s'unir aux luthériens, et la nouvelle Réforme fit en Allemagne deux corps visiblement séparés par des confessions de foi différentes.
Aprés les avoir dressées, ces églises sembloient avoir pris leur dernière forme, et il étoittemps, du moins alors, de se tenir ferme : mais c'est ici au contraire que les variations se montrent plus grandes.
La Confession d'Augsbourg est la plus considérable en toutes manières. Outre qu'elle fut présentée la première, souscrite par un plus grand corps et recue avec plus de cérémonie , elle a encore cet avantage qu'elle a été regardée dans la suite, non-seulement par Bucer et par Calvin méme en particulier, mais encore par tout le parti du sens figuré assemblé en corps, comme une pièce commune de la nouvelle Réforme, ainsi que la suite le fera paroitre. Comme l'empereur la fit réfuter par quelques théologiens catholiques, Mélanchthon en fit l'Apologie, qu'il étendit davantage un peu après. Au reste il ne faut pas regarder cette Apologie comme un ouvrage particulier, puisqu'elle fut présentée à l'empereur au nom de tout le parti, par les mêmes qui lui présentèrent la Confession d'Augsbourg, et que depuis les luthériens n'ont tenu aucune assemblée pour déclarer leur foi, où ils n'aient fait marcher d'un pas égal la Confession d'Augsbourg et l'Apologie, comme il paroit par les actes de l'assemblée de Smalcalde (a) en 1537 et par les autres 1.
Il est certain que l'intention de la Confession d'Augsbourg étoit d'établir la présence réelle du corps et du sang ; et comme disent
1 Prof. Apol. in lib. Concord., p. 48; art. Smal., ibid., 356 ; Epitome, art. ibid., 571; Solida repet., ibid., 633, 128, etc.
(a) Schmalden.
Ly:
De la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie :
l'autorité de ces deux piéces dans tout le parti.
L'article x de la Con-
fession
d'Augsbourg, où il s’agit de la Cène, est couché en quatre façons :
la variété des deux premières.
Deux autres ma-
nières dont est
les luthériens dans le livre de la Concorde, « on y vouloit expressément rejeter l'erreur des sacramentaires, qui présentèrent en méme temps à Augsbourg leur confession particulière !. » Mais tant s'en faut que les luthériens tiennent un langage uniforme sur cette matière, qu'au contraire on voit d'abord l'article x de leur confession, qui est celui oü ils ont dessein d'établir la réalité : on voit, dis-je, cet article x couché en quatre manières différentes, sans qu'on puisse presque discerner laquelle est la plus authentique, puisqu'elles ont toutes paru dans des éditions oü étoient les marques de l'autorité publique.
De ces quatre manières nous en voyons deux dans le recueil de Genève, où la Confession d'Augsbourg nous est donnée telle qu'elle avoit été imprimée en 1540 à Vitenberg, dans le lieu où étoit né le luthéranisme, où Luther et Mélanchthon étoient présens ?. Nous y lisons l’article de la Cène en deux manières. Dans la première qui est celle de l'édition de Vitenberg, il est dit « qu'avec le pain et le vin, le corps et le sang de Jésus-Christ est vraiment donné à ceux qui mangent dans la Cène.» La seconde ne parle pas du pain et du vin, et se trouve couchée en ces termes : « Elles croient (les églises protestantes) que le corps et le sang sont vraiment distribués à ceux qui mangent, et improuvent ceux qui enseignent le contraire. »
Voilà dés le premier pas une variété assez importante, puisque la dernière de ces expressions s'accorde avec la doctrine du changement de substance, et que l'autre semble étre mise pour la combattre. Toutefois les luthériens ne s'en sont pas tenus là; et encore que des deux manières d'énoncer l'article x qui paroissent dans le recueil de Genève, ils aient suivi la dernière dans leur livre de la Concorde à l'endroit où la Confession d'Augsbourg y est insérée *, on voit néanmoins dans le même livre ce même article x rapporté de deux autres facons.
En effet on trouvera dans ce livre l'Apologie de la Confession d'Augsbourg, où ce méme Mélanchthon qui l'avoit dressée et qui la défend, transerit l'article en ces termes : « Dans la Cène du Sei-
1 Concord., p. 128. — ? Conf. Aug., art. 10, Syntagm. Gen., II part., p. 13. 3 Conf. Aug., art. 10, in lib. Conc., p. 13,