LIVRE III, N. VII
gneur, le corps et le sang de Jésus-Christ sont vraiment et substantiellement présens, et sont vraiment donnés avec les choses qu'on voit, c'est-à-dire avec le pain et le vin, à ceux qui recoivent le sacrement *. »
Enfin nous trouvons encore ces mots dans le méme livre de la Concorde? : « L'article de la Cène est ainsi enseigné par la parole de Dieu dans la Confession d'Augsbourg : que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont vraiment présens , distribués et recus dans la sainte Cène sous l'espéce du pain et du vin, et qu'on improuve ceux qui enseignent le contraire. » Et c'est aussi la manière dont cet article x est couché dans la version francoise de la Confession d Augsbourg imprimée à Francfort en 1673.
. Sion compare maintenant ces deux façons d'exprimer la réalité, il n’y a personne qui ne voie que celle de l'Apologie l'exprime par des paroles plus fortes que ne faisoient les deux précédentes rapportées dans le recueil de Genéve: mais qu'elle s'éloigne aussi davantage de la transsubstantiation; et que la dernière au contraire s'accommode tellement aux expressions dont on se sert dans l'Eglise, que les catholiques pourroient la souscrire.
De ces quatre facons différentes, si on demande laquelle est l'originale qui fut présentée à Charles V, la chose est assez douteuse.
Hospinien soutient que c’est la dernière qui doit être l'originale *, parce que c'est celle qui paroit dans l'impression qui fut faite dès l'an 1530 à Vitenberg , c'est-à-dire dans le siége du luthéranisme, où étoit la demeure de Luther et de Mélanchthon.
Il ajoute que ce qui fit changer l'article, c’est qu'il favorisoit trop ouvertement la transsubstantiation, puisqu'il marquoit le corps et le sang véritablement recus, non point avec la substance, mais « sous les espéces du pain et du vin, » qui est la méme expression dont se servent les catholiques.
Et c'est cela méme qui fait croire que c'est ainsi que l'article avoit été couché d'abord, puisqu'il est certain par Sleidan et par Mélanchthon, aussi bien que par Chytré et par Célestin dans leur
1 Apol. Conf. Aug. Conc., p. 151. — ? Solid. repetit., de Cen. Dom., n. MS Conc., p. 128. — ? Hosp. part. II, fol. 94, 132, 173.
couché le même article : leurs différences
Laquelle de ces maniéres est l'originale.
Histoire de la Confession d'Augsbourg *, que les catholiques ne contredirent point cet article dans la réfutation qu'ils firent alors de la Confession d' Augsbourg par ordre de l'empereur.
De ces quatre manières, la seconde est celle qu'on a insérée dans le livre de la Concorde ; et il pourroit sembler que ce seroit la plus authentique, parce que les princes et Etats qui ont souscrit à ce livre, semblent assurer dans la préface qu'ils ont transcrit la Confession d' Augsbourg comme elle se trouve encore dans les archives de leurs prédécesseurs et dans ceux de l'empire *. Mais si l'on y prend garde de prés, on verra que cela ne conclut pas, puisque les auteurs de cette préface disent seulement qu'ayant conféré les exemplaires avec les archives, « ils ont trouvé que le leur étoit en tout et partout de méme sens que les exemplaires latins et allemands : » ce qui montre la prétention d’être d’accord (a) dans le fond avec les autres éditions , mais non pas le fait positif , que les termes soient en tout les mémes; autrement on n'en verroit pas de si différens dans un autre endroit du méme livre, comme nous l'avons remarqué.
Quoi qu'il en soit, il est étrange que la Confession d'Augsbourg n'ayant pu être présentée à l'empereur que d'une seule façon, il en paroisse trois autres aussi différentes de celle-là, et tout ensemble aussi authentiques que nous le venons de voir; et qu'un acte si solennel ait été tant de fois altéré par ses auteurs dans un article si essentiel.
vu. Mais ils ne demeurèrent pas en si beau chemin; et incontinent une après la Confession d' Augsbourg ils donnèrent à l'empereur une
meme «Cinquième explication de l'article de la Cène dans l’Apologie de
ae leur Confession de foi, qu'ils firent faire par Mélanchthon. “vis Dans cette Apologie approuvée, comme on a vu, de tout le fs parti, Mélanchthon, soigneux d'exprimer en termes formels le sens littéral, ne se contenta pas d'avoir reconnu « une présence vraie et substantielle, » mais se servit encore du mot de « présence
corporelle ?, » ajoutant que Jésus-Christ « nous étoit donné cor-
d'Augsbourg.
* Sleid., Apol. Conf. Aug.; ad art, 10; Chrytr., Hist. Conf. Aug.; Cœlest., Hist. Conf. Aug., tom. IIl.— ? Pref. Concord,— ? Apol. Conf. Aug., in art. X, p. 151.
(a) 1re édit. : Qu'on est d'accord.