‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 78 sur 387 · LIVRE IV, N. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. I

toit pas à Mélanchthon d'adoucir les choses autant qu'il le souhaitoit. « Je changeoïs, dit-il, tous les jours, et rechangeoïs quelque chose, et j'en aurois changé beaucoup davantage, si nos compagnons nous l'avoient permis. Mais, poursuivoit-il, ils ne se mettent en peine de rien ! : » c'étoit-à-dire, comme il l'explique partout, que, sans prévoir ce qui pouvoit arriver, on ne songeoit qu'à pousser tout à l'extrémité : c'est pourquoi on voyoit toujours Mélanchthon, comme il le confesse luf-même, « accablé de cruelles inquiétudes, de soins infinis , d'insupportables regrets ?. » Luther le contraignoit plus que tous les autres ensemble. On voit dans les lettres qu'il lui écrit, qu'il ne savoit comment adoucir cet esprit superbe : quelquefois il entroit contre Mélanchthon « dans une telle colère, qu'il ne vouloit pas méme lire ses lettres . » C'est en vain qu'on lui envoyoit des messagers exprés : ils revenoient sans réponse; et le malheureux Mélanchthon, qui s'opposoit le plus qu'il pouvoit aux emportemens de son maitre et de son parti, toujours pleurant et gémissant, écrivoit la Confession d'Augsbourg avec ces contraintes.

Page 1