‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 77 sur 387 · LIVRE III, N. LXII · texte numérisé non relu

LIVRE III, N. LXII

cord de l'excuser sur l'erreur où elle étoit et sur «l'injure » qu'on lui avoit faite, et tout le parti souscrivit à cette réponse de l'Apologie.

Tout cela ne s’accordoit guère avec l'article vir de la Confession d'Augsbourg , où il est porté « qu'il y a une sainte Eglise qui demeurera éternellement. Or l'Eglise, c'est l'assemblée des Saints, où l'Evangile est enseigné et les sacremens administrés comme il faut *. » Pour sauver cette idée d'Eglise, il ne falloit pas seulement excuser le peuple; mais il falloit encore que les sacremens fussent bien administrés par les pasteurs; et si celui de l'Eucharistie ne subsistoit sous une seule espèce, on ne pouvoit plus faire subsister l'Eglise méme.

L'embarras n'étoit pas moins grand à en condamner la doctrine ; et c’est pourquoi les protestans n'osoient avouer que leur confession de foi füt opposée à l'Eglise romaine, ou qu'ils se fussent retirés de son sein. Ils tâchoient de faire accroire, comme on vient de voir, qu'ils n'en étoient distingués que par certains rites. et quelques légères observances. Et au reste, pour faire voir qu'ils prétendoient toujours faire avec elle un méme corps, ils se soumettoient publiquement à son concile.

C'est ce qui paroit dans la Préface de la Confession d' Augsbourg adressée à Charles V : « Votre Majesté Impériale a déclaré qu'elle ne pouvoit rien déterminer dans cétte affaire où il s'agissoit de la religion ; mais qu'Elle agiroit auprés du Pape pour procurer l'assemblée du concile universel. Elle réitéra l'an passé la méme déclaration dans la dernière diète tenue à Spire, et a fait voir qu'Elle persistoit dans la résolution de procurer cette assemblée du coneile général; ajoutant que les affaires qu'Elle avoit avec le Pape

Le corps des luthériens se soumel au jugement du concile général dans la Confession d'Augsbourg

étant terminées, Elle eroyoit qu'il pouvoit être aisément porté à |

tenir un concile général ?. » On voit par là de quel concile on en-

tendoit parler alors : c’étoit d'un concile général assemblé par les

Papes, et les protestans s'y soumettent en ces termes : « Si les

affaires de la religion ne peuvent pas être accommodées à l’amiable

avec nos parties, nous offrons en toute obéissance à Votre Majesté

Impériale de comparoitre, et de plaider notre cause devant un tel 1 Conf. Aug., art. 1. — ? Pref. Conf. Aug., Concord., p. 8, 9.

Conclusion de cette Matière :

combien elle devroit servir à ramener les luthé-

riens,

concile général, libre et chrétien. » Et enfin : « C'est à ce concile général, et ensemble à Votre Majesté Impériale que nous avons appelé et appelons, et nous adhérons à cet appel. » Quand ils parloient de cette sorte, leur intention n’étoit pas de donner à l'Empereur l'autorité de prononcer sur les articles de la foi : mais en appelant au concile, ils nommoient aussi l'Empereur dans leur appel, comme celui qui devoit procurer la convocation de cette sainte assemblée , et qu'ils prioient en attendant de tenir tout en suspens. Une déclaration si solennelle demeurera éternellement dans l'acte le plus authentique qu'aient jamais fait les luthériens, et à la tête dela Confession d'Augsbourg, en témoignage contre eux et en reconnoissance de l'inviolable autorité de l'Eglise. Tout s’y soumettoit alors ; et ce qu'on faisoit, en attendant sa décision, ne pouvoit étre que provisoire. On retenoit les peuples, et on se trompoit peut-être soi-même par cette belle apparence. On s'engageoit cependant, et l'horreur qu'on avoit du schisme diminuoit tous les jours. Aprés qu'on y fut accoutumé, et que le parti se fut

fortifié par des traités et par des ligues, l'Eglise fut oubliée, tout

ce qu'on avoit dit de son autorité sainte s'évanouit comme un songe ; et le titre de concile libre et chrétien, dont on s'étoit servi, devint un prétexte pour rendre illusoire la réclamation au concile, comme on le verra par la suite.

Voilà l’histoire de la Confession d' Augsbourg et de son Apologie. On voit que les luthériens reviendroient de beaucoup de choses, et j'ose dire presque de tout, s'ils vouloient seulement prendre la peine d'en retrancher les calomnies dont on nous y charge, et de bien comprendre les dogmes oü l'on s'accommode si visiblement à notre doctrine. Si l'on eût cru Mélanchthon, on se seroit encore approché beaucoup davantage des catholiques : car il ne disoit pas tout ce qu'il vouloit; et pendant qu'il travailloit à la Confession d'Augsbourg, lui-même en écrivant à Luther sur les « articles de foi » qu'il le prioit de revoir : « Illes faut, dit-il, changer souvent etles accommoder à l’occasion !. » Voilà comme on bâtissoit cette célèbre Confession de foi, qui est le fondement de la religion protestante; et c'est ainsi qu'on y traitoit les dogmes. On ne permet-

1 Lib. I; ep. 1,

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