‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 95 sur 387 · LIVRE IV, N. XXXVII. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, N. XXXVII. I

corps et le sang sont recus dans, sous et avec le pain et le vin; » mais on n'avoit dit encore dans aucun acte publie de tout le parti, que le pain et le vin fussent le vrai corps et le vrai sang de Notre- Seigneur. Luther tranche ici le mot ; et il fallut que Mélanchthon, avec toute la répugnance qu'il avoit à unir le pain avec le corps, passàt même jusqu'à souscrire que le pain étoit le vrai corps.

Les luthériens nous assurent dans leur livre de la Concorde , que Luther fut porté à cette expression par les subtilités des sacramentaires, qui trouvoient moyen d'aecommoder à leur présence morale ce que Luther disoit de plus fort et de plus précis pour la présence réelle et substantielle ; par où en passant on voit encore une fois qu'il ne faut pas s'étonner si les défenseurs du sens figuré trouvent moyen detirer à eux les saints Pères, puisque Luther méme, vivant et parlant, lui qui connoissoit leurs subtilités et qui entreprenoit de les combattre , avoit peine à trouver des termes qu'ils ne fissent venir à leur sens avec leurs interprétations : fatigué de leurs subtilités , il voulut chercher quelque expression qu'ils ne pussent plus détourner, et il dressa l'article de Smalcalde en la forme que nous avons vue.

En effet, comme nous l'avons déjà remarqué ?, si le vrai corps de Jésus-Christ, selon l'opinion des sacramentaires, n'est recu que parle moyen de la foi vive, on ne peut pas dire avec Luther que « les impies le recoivent; » et tant qu'on soutiendra que le pain n'est le corps de Jésus-Christ qu'en figure, assurément on ne dira pas avec l'article de Smalcalde « que le pain est le vrai corps de Jésus-Christ; » ainsi Luther par cette expressiou excluoit le sens figuré et toutes les interprétations des sacramentaires. Mais il ne s'apercut pas qu'il n'excluoit pas moins sa propre doctrine, puisque nous avons fait voir que le pain ne peut étre le vrai corps, qu'il ne le devienne par ce changement véritable et substantiel que Luther ne veut point admettre.

Ainsi quand Luther et les luthériens, aprés avoir tourné en tant de diverses facons l'article de la présence réelle, tàchent enfin de l'expliquer si précisément que les équivoques des sacramentaires demeurent tout à fait bannies, on les voit insensiblement

1 Conc., p. 130. — ? Ci-dessus, liv. Il, n. 3, 31.

Luther ne peut éviter les équivoques des sacramenlaires qui éludent tout.

Emportemens de Luther contre le Pape dans les articles de Smalcalde.

Mélanchthon veut qu'on reconnoisse l'autorité du Pape.

tomber dans des expressions qui n'ont aucun sens selon leurs principes, et ne peuvent se soutenir que dans la doctrine catholique.

Luther s'explique à Smalcalde trés-durement contre le Pape, dont, comme nous avons vu , on n'avoit fait nulle mention dans les articles de foi de la Confession d'Augsbourg , ni dans l'Apologie ; et il met parmi les articles dont il ne se veut jamais relàcher, « que le Pape n'est pas de droit divin ; que la puissance qu'il a usurpée est pleine d'arrogance et de blasphéme; que tout ce qu'il a fait et fait encore en vertu de cette puissance est diabolique; que l'Eglise peut et doit subsister sans avoir un chef; que quand le Pape auroit avoué qu'il n'est pas de droit divin, mais qu'on l'a établi seulement pour entretenir plus commodément l'unité des chrétiens contre les sectaires, il n'arriveroit jamais rien de bon d'une telle autorité; et que le meilleur moyen de gouverner et de conserver l'Eglise, c'est que tous les évéques, quoiqu'inégaux dans les dons, demeurent pareils dans leur ministère sous un seul chef, qui est Jésus-Christ; qu'enfin le Pape est le vrai Antechrist !. »

Je rapporte exprès tout au long ces décisions de Luther , parce que Mélanchthon y apporta une restriction qui ne peut être assez considérée.

A la fin des articles on voit deux listes de souscriptions , où paroissent les noms de tous les ministres et docteurs de la Confession d'Augsbourg ?. Mélanchthon signa avec tous les autres : mais parce qu'il ne vouloit pas convenir de ce que Luther avoit dit du Pape, il fit sa souscription en cestermes : « Moi Philippe Mélanchthon, j'approuve les articles précédens comme pieux et chrétiens. Pour le Pape, mon sentiment est que s’il vouloit recevoir l'Evangile , pour la paix et la commune tranquillité de ceux qui sont déjà sous lui ou qui y seront à l'avenir, nous lui pouvons aecorder lasupériorité sur les évêques, qu'il a déjà de droit humain?.»

C’étoit l'aversion de Luther que cette supériorité du Pape, en quelque maniere qu'on l'établit. Depuis que le Pape l'avoit condamné, il étoit devenu irréconciliable avec celte puissance , et il avoit fait signer à Melanchthon méme un acte par lequel toute la

1 Art. 4, p. 312. — ? Conc., p. 336. — 3 Conc., p. 338.

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