‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 97 sur 387 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Réflexions générales sur les agitations de Mélanchthon, et sur l'état de la Réforme.

SOMMAIRE

Les agitations, les regrets, les incertitudes de Mélanchthon. La cause de ses erreurs, et ses espérances décues. Le triste succès de la Réforme, et les malheureux motifs qui y attirent les peuples, avoués par les auteurs du parti. Mélanchthon confesse en vain la perpétuité de l'Eglise, l'autorité de ses jugemens et celle de ses prélats. La justice imputative l'entraine, encore qu'il reconnoisse qu'il n'en trouve rien dans les Péres, ni méme dans saint Augustin, dont il s'étoit autrefois appuyé.

Les commencemens de Luther, durant lesquels Mélanchthon se donna tout à fait à lui, étoient spécieux. Crier contre des abus qui n'étoient que trop véritables avec beaucoup de force et de liberté ; remplir ses discours de pensées pieuses , restes d'une bonne insti-

1 Mél. liv. X, ep. LXXVI.

TO Comment Mélanchthon fut attiré à Luther,

Mélanchthon épris

tution; et encore avec cela mener une vie, sinon parfaite, du moins sans reproche devant les hommes, sont choses assez attirantes. ll ne faut pas croire que les hérésies aient toujours pour auteurs des impies ou des libertins, qui de propos délibéré fassent servir la religion à leurs passions. Saint Grégoire de Nazianze ne nous représente pas les hérésiarques comme des hommes sans religion, mais comme des hommes qui prennent la religion de travers. « Ce sont, dit-il, de grands esprits : car les ames foibles sont également inutiles pour le bien et pour le mal. Mais ces grands esprits, poursuit-il, sont en méme temps des esprits ardens et impétueux, qui prennent la religion avec une ardeur démesurée ! : » c'est-à-dire qui ont un faux zèle, et qui mêlant à la religion un chagrin superbe, une hardiesse indomptée et leur propre esprit, poussent tout à l'extrémité ; il y faut méme trouver une régularité apparente, sans quoi oü seroit la séduction tant prédite dans l'Ecriture? Luther avoit goûté la dévotion. Dans sa première jeunesse, effrayé d'un coup de tonnerre dont il avoit pensé périr, il s'étoit fait religieux d'assez bonne foi. On a vu ce qui se passa dans l'affaire des indulgences. S'il avancoit des dogmes extraordinaires, il se soumettoit au Pape. Condamné par le Pape, il réclama le concile que toute la chrétienté réclamoit aussi depuis plusieurs siècles, comme le seul remède des maux de l'Eglise. La réformation des mœurs corrompues étoit, désirée de tout l'univers; et quoique la saine doctrine subsistât toujours également dans l'Eglise, elle n'y étoit pas également bien expliquée par tous les prédicateurs. Plusieurs ne préchoient que les indulgences, les pèlerinages, l'aumóne donnée aux religieux , et faisoient le fond de la piété de. ces pratiques qui n'en étoient que les accessoires. Ils ne parloient pas autant qu'il falloit de la grace de Jésus-Christ; et Luther, qui lui donnoit tout d'une maniere nouvelle par le dogme de la justice imputée, parut à Mélanchthon jeune encore et plus versé dans les belles-lettres que dans les matières de théologie, le seul prédicateur de l'Evangile.

Il est juste de tout donner à Jésus-Christ. L'Eglise lui donnoit tout dans la justification du pécheur, aussi bien et mieux que

1 Orat. 26, tom. T, p. 441.

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