LA PRATIQUE ET LE SENTIMENT DE L'ÉGLISE DES LES PREMIERS SIÉCLES
La pratique de l'Eglise dès les premiers temps est qu'on y com- — :
munioit sous une ou sous deux espéces, sans qu'on. se soit ja- px) mais avisé qu'il manquàt quelque chose à la communion lors- bae qu'on n'en prenoit qu'une seule.
On n'a jamais seulement pensé que la grace attachée au corps de Notre-Seigneur füt autre que celle qui étoit attachée à son
sang. Il donna son corps avant que de donner son sang ; et on
peut méme conclure des paroles de saint Luc et de saint Paul *, qu'il donna son corps pendant le souper, et son sang aprés le souper : de sorte qu'il y eut un assez grand intervalle entre les deux actions. Suspendit-il l'effet que devoit avoir son corps, jusqu'à ce que les apôtres eussent recu son sang; ou si dés qu'ils recurent le corps, ils recurent en méme temps la grace qui l'accompagne, c'est-à-dire celle d'étre incorporé à Jésus-Christ et nourri de sa substance ? C'est sansdoute le dernier. Ainsila réception du sang n'est pas nécessaire pour la grace du sacrement, ni pour le fond du mystère : la substance en est toute entière sous une seule espèce ; et chacune des espèces, ni les deux ensemble ne contiennent que le méme fond de sanctification et de grace. Saint Paul suppose manifestement cette doctrine , lorsqu'il écrit que « celui qui mange ce pain ou boit le calice du Seigneur indignement, est coupable du corps et du sang du Seigneur ? : » d’où il nous laisse à tirer cette conséquence, que si en recevant l'un ou l'autre indignement on les profane tous deux, en recevant dignement l’un des deux on participe à la grace de l'un etde l'autre. A cela il n'y a point de réponse qu'en disant, comme font aussi les protestans, que la particule disjonctive ou , que l'Apótre emploie dans le premier membre de ce texte, a la force dela conjonctive et, dont il se ser. dans le second. C'est la seule réponse que donne à ce passage M. Jurieu dans l'écrit qu'il vient de mettre au jour sur la matière de l'Eucharistie ?; et il traite notre argument de chicane ridicule, mais sans fondement. Car quand il auroit montré que ces particules se prennent quelquefois l'une pour l'autre, ici où saint Paul les emploie toutes deux si visiblement avec dessein, en mettant ou dans la première partie de son discours, et réservant e£ pour la seconde, on ne peut s'empécher de reconnoitre que par une distinction si marquée il a voulu nous rendre attentifs à quelque vérité importante; etla vérité qu'il nous veut apprendre, c'est que si aprés avoir pris dignement le pain sacré on oublioit tellement la grace recue, qu'on prit ensuite le sacré breuvage avec une intention criminelle, on ne seroit pas seulement
1 Luc., XXII, 20; I Cor., xi, 25. — ? Ibid., 21. — ? Examen de l'Eucharistie, traité VI, sect. VI, p. 483.