PARTIE I, N. II
coupable du sang de Notre-Seigneur, mais encore de son corps. Ce qui ne peut avoir d'autre fondement que celui que nous posons, que l'une et l'autre partie de ce sacrement ont tellement le même fond de grace, qu'on ne peut ni en profaner l'une sans profaner toutes les deux, ni aussi en recevoir saintement l'une des deux sans participer à la sainteté et à la vertu de l'une et de l'autre.
C'est aussi pour cette raison que dés l'origine du christianisme on a cru qu'en quelque sorte que l'on communiát, ou sous une ou sous deux espèces, la communion avoit toujours le méme fond de vertu. E
Quatre coutumes authentiques de l'ancienne Eglise démontrent cette vérité. On les verra si constantes, et les oppositions des ministres si contradictoires et si vaines, qu'un aveu (j'oserai le dire) ne rendroit pas ces coutumes plus incontestables.
Je trouve donc la réception d'une seule espèce dans la communion des malades, dans la communion des enfans, dans la communion domestique qui se faisoit autrefois, lorsque les fidèles emportoient l'Eucharistie pour communier dans leurs maisons , et
enfin, ce qui sera le plus surprenant pour nos réformés, dans la communion publique et solennelle de l'Eglise.
Ces faits importans et décisifs ont été souvent traités, je le confesse : mais peut-être n'a-t-on pas assez examiné toutes les vaines subtilités des ministres. Dieu nous aidera par sa grace à le faire . de manière , que non-seulement les antiquités soient éclaircies, mais encore que le triomphe de la vérité soit manifeste.
Le premier fait que je pose, c'est qu'on communioit ordinairement les malades sous la seule espèce du pain. On ne pouvoit pas réserver ni assez longtemps ui si aisément l’espèce du vin qui est trop tót altérée, Jésus-Christ n'ayant pas voulu qu'il parüt rien d'extraordinaire dans ce mystère de foi. Elle étoit aussi trop sujette à être versée, surtout quand il a fallu la porter à plusieurs personnes, et dans des lieux éloignés, et avec peu de commodité durant les temps de persécution. L'Eglise vouloit tout ensemble et faciliter la communion des malades, et éviter le péril de cette effusion, qu'on n'a jamais vue sans horreur dans tous les temps, comme la suite le fera paroitre.
Quatre coutumes authentiques pour montrer le sentiment de l'ancienne Eglise.
Ire coutume. La communion des malades.
L'exemple de Sérapion, rapporté dans l'Histoire ecclésiastique, fait voir clairement ce qu'on pratiquoit à l'égard des malades. Il étoit en pénitence : mais comme la loi vouloit qu'on donnát l'Eucharistie aux pénitens quand ils seroient en péril de leur vie, Sérapion, se trouvant en cet état, envoya demander ce saint Viatique : « Le prétre, qui ne put le porter lui-méme, donna à un jeune garcon une petite parcelle de l'Eucharistie , qu'il lui ordonna de tremper, et de la mettre ainsi dans la bouche de ce vieillard. Le jeune homme retourné dans la maison, trempa la parcelle de l'Eucharistie, et en méme temps la fit couler dans la bouche de Sérapion, qui l'ayant avalée peu à peu , rendit incontinent l'esprit*. » Quoiqu'il paroisse par ce récit que le prêtre n'eüt envoyé à son pénitent que la partie de ce sacrement qui étoit solide , en ordonnant seulement au jeune homme qu'il envoyoit, de la détremper dans quelque liqueur avant de la donner au malade, ce bon vieillard ne se plaignit pas qu'il lui manquát quelque chose : au contraire ayant communié, il mourut en paix ; et Dieu , qui le conservoit miraculeusement jusqu'à ce qu'il eüt recu cette grace, le délivra aussitôt après qu'il eut communié. Saint Denis, évéque d'Alexandrie, qui vivoit au troisiéme siecle de l'Eglise, écrit cette histoire dans une lettre rapportée au long par Eusèbe de Césarée; et il l'écrit à un évêque célèbre , parlant de cette pratique comme d'une chose ordinaire : ce qui montre qu'elle étoit recue et autorisée, et si sainte d'ailleurs , que Dieu daigna la confirmer par un effet visible de sa grace.
Les protestans habiles et de bonne foi demeurent facilement d'accord qu'il ne s'agit que du pain sacré dans ce passage. M. Smith, prétre protestant d'Angleterre, en est convenu dans un docte et judicieux Traité qu'il a composé depuis quelques années sur l'état présent de l'Eglise grecque ? ; et il reconnoit en méme temps qu'on ne réservoit que le pain sacré dans la communion domestique , qu'il regarde comme la source de la réserve qui s'en faisoit pour les malades.
Mais M. de la Roque, ministre célèbre, qui a écrit l’Æéstoire de
1 Euseb., lib. VI, cap. xLIV. — ? Thom. Smith, Ep. de Eccles. Gr. hod. stat., p- 107, 108 ; lI ed., p. 130 et seq.