PARTIE I, ART. IV, N. XXIV, XXV
le ministre que le mystère est parfait dans l'Ecriture, car il faut que cette Ecriture soit entendue. Par qui, sinon par l'Eglise ? L'Eglise a donc toujours très-bien entendu ce qu'il faut croire de ce mystère. Sila preuve en est plus claire aprés les disputes, la déclaration plus solennelle, l'explication plus expresse, il ne s'ensuit pas qu'auparavant la foi des chrétiens ne soit pas formée sur un mystère qui en fait le fondement, ou ce qui est encore pis, qu'elle soit informe. Elle est formée dans son fond , dira-t-il ; et je lui réponds : Que lui manquoit-il done ? Des accidens? Est-ce assez pour dire qu'elle étoit informe ; ou, comme il parle du mystère de la grace, « entiérement informe? » Il n'y a que lui qui parle ainsi, parce qu'il espère toujours sortir par subtilité de toutes les absurdités où il s'engage, et faire croire au monde tout ce qu'il voudra. Mais il se trompe. Tout le monde voit que la foi de la Trinité n'étoit pas méme formée selon lui dans son fond, lorsqu'on reconnoissoit de limperfection, de la divisibilité, du changement, une véritable inégalité dans les Personnes divines. Car le ministre ne peut pas nier que le contraire n'appartienne au fond de la foi: or le contraire, selon lui, n'étoit pas connu dans les trois premiers siècles; donc la foi de la Trinité n'étoit pas méme alors formée dans son fond. Elle ne l'étoit méme pas dans l'Ecriture, puisque selon le ministre, encore à présent on ne peut pas réfuter par l'Ecriture l'erreur qu'il attribue aux Péres. Il ne sait donc ce qu'il dit, et il contredit en tout point sa propre doctrine.
Mais lorsqu'il se glorifie d'avoir du moins reconnu que le mystère de la Trinité a toujours eu en lui-même la perfection qu'il devoit avoir, il s'embrouille plus que jamais, puisque selon la doctrine qu'il tolère dans les saints Pères et qu'il ne croit pas pouvoir réfuter, il devoit avec le temps survenir au Fils une seconde naissance plus parfaite que la première, et un dernier développement qui fit la perfection de son Etre. Ce n'est done pas seulement l'explication : c'est le mystère en lui-même qui est imparfait durant toute l'éternité et jusqu'au commencement de la création, et qui est tel selon des principes qu'on ne peut réfuter. C'est ce que dit le ministre, et il demeure plus que jamais dans le blasphème qu'il avoit cru éviter.
Que là Trinité est informe en elle - méme, selon le ministre, et ne s'est formée qu'avec le temps.