‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 231 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE II

décret, où il füt dit « qu'encore que Jésus-Christ ait institué le Baptême et l'ait lui-même recu par immersion , et que la primitive Eglise ait conservé cette pratique aprés les apótres : néanmoins le baptéme par infusion a été raisonnablement introduit, et qu'on ne peut sans attentat condamner cette coutume. » C'est de mot. à mot ce qu'a prononcé le concile de Constance sur le sujet de la communion : et quand nos adversaires en trouvent la constitution si étrange, c'est qu'ils se laissent prévenir d'une haine aveugle.

Car cet exemple fait voir clairement que tout ce qui est compris dans l'institution de Jésus-Christ, ne l'est pas toujours également dans son précepte, et c'est aussi sur ce fondement qu'on raisonne dans le concile. C'est pourquoi on y allègue l'observance inviolable de tous les temps de communier à jeun, encore que Jésus- Christ eût fait communier ses apôtres après le souper. Ainsi il demeuroit pour constant que ce qui étoit autorisé par le Maitre, avoit pu étre défendu par une loi que personne ne s'est encore avisé de blàmer; tant les temps et les circonstances changent la nature des choses, et tant il étoit constant que Jésus-Christ avoit eu dessein de nous renvoyer à son Eglise, pour distinguer dans sa propre institution ce qui étoit du fond et de la substance, d'avec ce qui étoit libre et accidentel.

Tous les fidèles, à la réserve des Bohémiens, déjà trop insolemment émus par d'autres causes, acquiescèrent au jugement du concile, sur ce fondement immuable, qu'une coutume recue sans contradiction depuis trois cents ans ne pouvoit étre contraire à la foi. C'est sur le méme fondement que la foi des fidéles se doit reposer, et que sans faire de nouvelles enquétes, je maintiens qu'on doit tenir pour eonstant que Jésus-Christ n'a pas laissé son Eglise sans foi, sans vérité et sans sacremens.

Pour en étre persuadé, il ne faut que se souvenir que dans la profession que l'Eglise a toujours faite de ne rien admettre de nouveau dans sa foi, toute nouveauté dans la foi l'a troublée et l'a rendue attentive. Il n'y a qu'à parcourir toutes les hérésies, l'arienne, là pélagienne, la nestorienne et enfin toutes les autres sans exception. Nul homme de bonne foi ne niera jamais qu'à la

seule nouveauté, et si l'on me permet de parler ainsi, à la seule face inconnue de ces étrangères, les pasteurs et les enfans de l'Eglise se sont mis en garde, et que jamais on n'a pu montrer par aucun fait positif une erreur passée en dogme sans contradiction. Les ministres interpellés de nous en donner un seul exemple positif, ne l'ont pas méme tenté; et si l'on en donne un seul exemple, j'abandonne la cause. Si donc il est constant et incontestable de l'aveu de nos adversaires, que la coutume de communier sous une espèce n'a recu aucune contradiction durant trois cents ans; et que cette communion ait tellement été jugée suffisante, que personne ne se soit jamais plaint qu'on lui eüt rien ôté d'essentiel, c’est une marque certaine qu'elle tiroit de plus haut sa validité, et que la coutume contraire étoit tenue pour indifférente, comme celle du baptéme par immersion, celle de communier les enfans et les autres de cette nature, qu'on a changées sans changer la foi, à cause des inconvéniens survenus dans des pratiques d'ailleurs innocentes et süres.

Que si l'on dit que ces inconvéniens, par exemple la crainte de l'effusion du sang précieux de Notre-Seigneur, sont inconnus à l'antiquité et qu'ils sont nés dans les derniers temps, le contraire est incontestable de l'aveu encore de nos adversaires. Aubertin nous a fait voir cette crainte dans Origene au troisième siècle, dans saint Cyrille de Jérusalem et saint Augustin au quatrième, pour ne point ici parler des autres *. On voit dans ces saints docteurs que laisser tomber les moindres parcelles de l'Eucharistie, c'est comme laisser tomber de l'or et des pierreries, c'est comme s'arracher un de ses membres, c'est comme laisser écouler la parole de Dieu qu'on nous annonce, et perdre volontairement. cette semence de vie. Ces passages ont été produits dans le Traité de la Communion ?. Mes adversaires n'y opposent rien; au contraire M. de la Roque répond ainsi : « On ne peut nier que les premiers chrétiens ne prissent soigneusement garde qu'il ne tombast à terre quelque chose des sacrés symboles de l'Eucharistie ?.» Il avoue

1 Orig., in Exod., hom. xut; Cyr., Catec. Myst., v, n. 21; August., pass.; Aubert., lib. II, p. 431, 432 et seq. — ? Traité de la Commun., lI part., n. 12, p. 360. — ? La Roq., p. 312.

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