PARTIE II, CHAPITRE Il
décerne et définit, qu'encore que Jésus-Christ ait institué après souper et administré à ses disciples ce vénérable sacrement sous les deux espéces du pain et du vin, toutefois et ce nonobstant l'autorité louable des sacrés canons et la coutume approuvée de l'Eglise, a observé et observe que ce sacrement ne doit point étre célébré après souper, ni recu des fidèles, sinon à jeun, si ce n'est en cas de maladie ou de quelque autre nécessité concédée ou admise par le droit ou par l'Eglise : et qu'encore que dans la primitive Eglise les fidèles reçussent ce sacrement sous l'une et l'autre espèce , toutefois pour certains périls et scandales cette coutume a été raisonnablement introduite, que les célébrans le recevroient sous les deux espéces et les laiques seulement sous une, à cause qu'on doit croire fermement et ne douter en aueune sorte que le corps entier et le sang de Jésus-Christ sont véritablement contenus tant sous l'espéce du pain que sous l'espéce du vin. D’où vient que, puisqu'une telle coutume a été raisonnablement introduite par l'Eglise et par les saints Pères, et QU'ELLE A ÉTÉ OBSERVÉE DEPUIS UN TRÈS-LONG TEMPS, elle doit passer pour une loi que personne ne peut condamner, ni la changer à son gré sans l'autorité de l'Eglise. C'est pourquoi on doit estimer erronée la croyance, qu'observer cette coutume ou cette loi soit une chose sacrilége et hérétique; et ceux qui affirment opiniâtrément le contraire de ce qui a été dit ci-dessus, doivent étre chassés comme hérétiques. »
C'est ici que les ministres s'écrient que ce décret porte sa condamnation; et qu'en avouant que la communion sous les deux espèces est de l'institution de Jésus-Christ et qu'elle a été observée par la primitive Eglise, quand il fait passer le contraire en loi, il élève une pratique des derniers siècles au-dessus de la plus pure antiquité, et qui pis est, la coutume au-dessus de la vérité, et les hommes au-dessus de Jésus-Christ.
Je ne crois pas qu'on m'accuse d'avoir affoibli l'objection; et toutefois pour la voir en un moment tomber par terre, et justifier la conduite du concile de Constance, il ne faut que poser un cas pareil..La coutume de baptiser par simple infusion ou aspersion, sans immersion aucune, s'est établie comme celle de la commu-
nion sous une espèce, aux douzième et treizième siècles, sans aucune contradiction, à cause de certains inconvéniens du baptème par immersion, où la vie des enfans pouvoit être en quelque péril. Aprés deux ou trois cents ans, quelques particuliers s'avisent de dire que cette coutume est mauvaise, ce baptéme nul, et l'Eglise qui l'a eru bon dans une erreur manifeste. Je suppose que le cas arrive à nos adversaires. Laisseront-ils troubler les consciences, révoquer en doute le baptéme de tout ce qu'il y a de fidéles dans le monde, et condamner les pasteurs qui refusent de baptiser ces insensés? Au contraire, ne diront-ils pas, à l'exemple du concile de Coustance, « que la coutume de baptiser par simple infusion a été raisonnablement introduite et observée très-longtemps, pour éviter certains périls et inconvéniens : qu'ainsi elle doit passer pour une loi qui ne doit pas être changée selon le gré d'un chacun, ni sans l'autorité de l'Eglise, et qu'on doit estimer erronée la croyance, qu'observer cette coutume, soit chose sacrilége et illicite. »
Mais pourquoi parler de ce cas comme si c'étoit un cas en l'air? C'est une chose arrivée du temps de nos péres, et l'on sait l'erreur des anabaptistes. Supposé qu'elle se renouvelle dans la nouvelle Réforme, la laissera-t-on prévaloir? Dira-t-on qu'il n’y a de chrétiens que dans cette troupe, et qu'avant eux le baptéme , sans lequel il n'y a point de christianisme, étoit éteint? Or le concile de Constance n'a pas trouvé moins d'inconvénient dans le procédé de ceux qu'il a condamnés, et ce n'est pas un moindre attentat de réprouver la communion de nos pères que de casser leur baptéme. Il y a donc la méme raison de s'opposer à l'un qu'à l'autre.
Je ne erains pas que d'habiles gens osent ici apporter comme une différence de ces deux cas, qu'on alléguoit à Constance pour la communion sous les deux espèces, l'institution de Jésus-Christ et la pratique de la primitive Eglise. Car qui ne sent pas que nos rebaptisateurs en disent autant pour le baptéme? C'est une chose avérée qu'il a été institué, donné et recu avec immersion par Jésus-Christ, par ses apôtres, par l'Eglise primitive et par tous les siècles précédens ; et en tout et partout le cas est semblable.
Ainsi pour eondamner les anabaptistes, il faudroit former un