‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 234 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE III

de Dresde et son sectateur Jacobel étoient des hommes savans, qui pour combattre une doctrine et une pratique universellement recue, se servirent de forts argumens? Non encore. Ils n'employèrent pour tout argument que ce passage de l'Evangile : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ! : » passage, qui de l'avis commun de tous les protestans, sans en excepter un seul qui ait du moins quelque nom, loin de regarder la communion sous les deux espèces, ne regarde pas méme le mystère de l'Eucharistie. Je n'en impose pas : la chose est constante : M. dela Roque en est encore demeuré d'accord dans sa Réponse : «Je reconnois , dit-il, que le chapitre vi de saint Jean ne traite pas du sacrement de l'Eucharistie, qui n'étoit pas encore institué, et qu'ainsi Jacobel, qui vivoit dans un siècle obscur et ténébreux, se trompa lorsqu'il s’en servit pour appuyer la communion sous les deux espèces ?. » L'Anonyme n'en dit pas moins : « Les protestans, dit-il, n'entendent le chapitre vi de saint Jean que de la communion par la foi, et nullement du sacrement?. » Ainsi d'un commun accord et de l'avis des protestans, comme du nótre, Jacobel et Pierre de Dresde se remuèrent contre l'Eglise sur un mauvais fondement; et tel est le commencement des troubles qu'on a excités sur la communion sous une espèce.

La suite n'en est pas plus heureuse. Ces deux hommes furent suivis de Jean Hus ; encore ai-je mis en fait dans le Traité de la Communion ^, que Jean Hus n'osa pas dire d'abord que la communion sous les deux esperes fût nécessaire. « Il lui suffisoit , dit Calixte, qu'on lui avouât qu'il étoit permis et expédient de la donner ; mais il n'en déterminoit pas la nécessité *; » tant il trouva établi qu'en effet il n'y en avoit aucune.

Tous ces faits, que j'ai avancés dans le Traité de la Communion, ont passé sans étre repris. Seulement M. de la Roque m'a reproché d'avoir pris tout cela avec beaucoup d'autres choses sur le méme sujet, dans Calixte, célèbre luthérien , qui a écrit de toute sa force contre la communion sous une espèce. Tant pis

1 Joan., VT, 83. — * La Roq., p. 292. — 3 Anonyme, p. 114. — * Traité de la Commun., part., n. 7, p. 332.— 5 Calixt., Traité de la Comm., | part., n. 25, 26.

pour les protestans , si les faits que j'établis sont si constans, que nos plus grands adversaires en conviennent avec nous. En effet Calixte est iei d'accord avec /Enéas Sylvius , qui écrivit cette histoire dans le temps où la mémoire en étoit récente; et si j'ai mieux aimé citer Calixte que Sylvius, c'est afin que des faits de cette importance fussent confirmés aux protestans par le témoignage de leurs auteurs.

J'ajouterai encore un fait qui n'est pas moins assuré ; c'est que ces ardens défenseurs de la communion sous les deux espèces, qui ont soutenu, non par de doctes écrits, mais par de sanglantes batailles, la doctrine de Pierre de Dresde, de Jacobel et de Jean Hus, croyoient comme eux la transsubstantiation et tout ce que nos adversaires appellent ses suites. Il est constant que Jean Hus n'a jamais discontinué de dire la messe. M. de la Roque a prouvé par ses écrits qu'il a cru et professé jusqu'à la mort la présence réelle, la transsubstantiation , l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et en un mot tout ce que croyoit l'Eglise romaine :. Il en dit autant de Jéróme de Prague , disciple de Hus. Ainsi ces signalés défenseurs des deux espèces étoient des transsubstantiateurs, des sacrificateurs et des adorateurs de l'Eucharistie , c'està-dire, selon nos réformés , des sacriléges, des impies et des idolâtres , quoique par une merveille surprenante ils fussent en méme temps, non-seulement des fidèles, mais encore des saints et des martyrs. Tout cela s'accorde parfaitement dans la nouvelle Réforme; car il ne faut que combattre l'Eglise romaine pour mériter tous ces titres. On sait aussi que les sectateurs de Jean Hus faisoient porter en procession le corps de Notre-Seigneur, et dans la coupe sacrée son sang précieux , qu'ils adoroient avec de profonds respects. Il n'est pas moins assuré qu'à l'exemple de Jean Hus, ils rendoient les mémes honnéurs aux reliques de leurs faux martyrs, que nous rendons à celles des vrais martyrs, et qu'ils joignoient cette idolâtrie à toutes les autres dont nos réformés nous accusent. En méme temps on est d'accord que c'étoient les plus inhumains et les plus sanguinaires de tous les hommes, qui ont le plus versé de sang, qui ont fait le plus de pillages ; et voilà,

1 Hist. de l'Euchar., II part., art. 18, p. 485, etc.

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