‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 240 sur 403 · PARTIE IT, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE IT, CHAPITRE VI

munion sous une espéce depuis l'origine du christianisme jusqu'au concile de Constance, où la question qu'on émut seulement alors fut décidée.

Dans la discussion de ces matières, je demande de la patience à mon lecteur; et j'ose lui promettre par avance que pour peu qu'on ait ou de goüt ou de respect pour l'antiquité, on sera payé de ses peines. Il faudra souvent expliquer les anciens rites de l'Eglise, qui sont autant de monumens de la tradition. Nos adversaires nous parlent souvent de l'ancien christianisme. C'est de cet ancien christianisme que nous leur représenterons les saintes coutumes, où tous les enfans de Dieu respirent pour ainsi dire un air de piété. Il est vrai qu'il est désagréable d'avoir à traiter ces choses avec les ministres, qui les recherchent d'une manière bien différente de la nótre. Nous les recherchons pour les éclaircir, pour en profiter, pour en tirer des preuves de la tradition : nos adversaires, qui au fond les estiment peu et sont toujours préts à les blàmer, y étudient de quoi nous faire de nouveaux procès; de sorte que pour les confondre, il faut souvent descendre dans une critique où la plupart des lecteurs n'ont pas le loisir d'entrer. Mais j'espère que la charité me donnera le moyen de surmonter tous ces obstacles. Le moyen le plus ordinaire que j'y emploierai, sera l'aveu des ministres. Quelquefois méme, comme je l'ai déjà dit, leurs dénégations affectées serviront à faire connoitre ce qu'ils ont voulu cacher avec artifice. Mais je dirai en général, que pourvu qu'on prenne la peine de se mettre dans l'esprit ce que la force de la vérité leur fait avouer, on verra clair dans cette matière, et l'on ne sera pas loin du royaume de Dieu. Il y aura des faits si constans, que tout le monde en pourra également sentir la vérité et la force. C'en est assez dans le fond pour assurer son salut; le reste affermira ceux qui auront le loisir de le discuter. Je tàcherai de pourvoir au besoin de tout le monde, et je ne plaindrai aucun travail pour me faire entendre, non-seulement des plus capables, mais encore des plus occupés et des moins instruits.

Mais je demande à ceux de nos adversaires à qui Dieu mettra dans le cœur un désir sincère de profiter de mon travail, qu'ils

s'attachent uniquement à la question dont il s'agit à chaque endroit. J'avois fait la méme demande au commencement du Traité de la Communion! ; mais, quelque équitable qu'elle fût, l'Anonyme n'a pas voulu y entendre. Bien plus, sous prétexte que je demande qu'on s'attache à la question des deux espéces, et qu'on renvoie à une autre fois les autres difficultés, il veut faire accroire que c'est qu'elles m'inquiétent?, et il semble à l'entendre que je” demande quartier là-dessus. Pour lui, à chaque page, il se jette sur les inconvéniens de la présence réelle, Si l'on parle du pain et du vin : si l'on prend des précautions sur l’altération des espèces : bien plus, si l'on donne aux fidèles l'Eucharistie dans la main, et si l'on permet de la porter dansla maison; quoique ces choses soient indifférentes de leur nature, et ne fassent rien en aucune sorte à la présence réelle, il en tire de continuels avantages. Qui ne voit que c'est vouloir embarrasser les questions et n'y voir jamais de fin, que de les méler ainsi ensemble? J'ai donc eu raison de demander qu'on s’attachât uniquement aux difficultés qui regardent la communion sous les deux espèces. Si l'on veut parler des autres , nous y pourrons revenir, quand la question des deux espèces sera épuisée ; et j'espére en dire assez pour ne laisser aucun doute sur toute la matière de l'Eucharistie, à tous ceux qui chercheront la vérité.

Il faut seulement considérer que si Jésus-Christ veut étre réellement présent dans ce mystère, il ne veut pas moins y être caché. Tout ce qui nous y paroit de bas et d'indigne de Jésus-Christ, est une suite de ce profond abaissement où le Fils de Dieu est entré en se faisant homme. Il est vrai qu'il est sorti de sa vie souffrante ; mais il n'est pas encore sorti de sa vie cachée. Jésus-Christ ressuscité ne meurt ni ne souffre plus. Saint Paul l'a dit et cela est certain ; mais il est encore caché dans son Père, et comme dit le méme saint Paul, « notre vie est cachée avec lui en Dieu. Quand Jésus-Christ, notre vie, apparoitra, alors aussi nous apparoitrons aveclui en grande gloire?. » Nous ne craignons point de dire que ces alimens ordinaires , dont il veut que nous fassions tous les jours son corps et son sang par la parole, ces espèces fragiles

1 Traité de la Comm., 1 part., n. 2, p. 265. — ? Anon., p. 183.— 8 Coloss., 111; 3, 4.

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