‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 241 sur 403 · PARTIE IT, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PARTIE IT, CHAPITRE VI

dont il se couvre, avec toutes les altérations qui leur arrivent à l'ordinaire , ces boites , ces coffrets, ces linges sacrés où l'on réserve son corps, et toutes les précautions qu'il faut avoir pour le garder, sont des suites de sa vie cachée, et sont à la fois des mar- ‘ques de la secrète familiarité où il veut entrer avec nous, que son amour nous doit rendre chères et vénérables. Nos adversaires voudroient faire accroire que par nos précautions, il semble que nous ayons peur pour Jésus-Christ , et que nous soyons en peine d'affranchir son corps et son sang des accidens fâcheux qui leur peuvent arriver! ; comme si nous ne savions pas que Jésus-Christ, au-dessus de tout accident par sa propre majesté, n'a rien à craindre parmi ces altérations. Celui qui conserve toute sa grandeur en descendant dans nos corps, peut-il étre ravili par les autres choses où les espèces de son sacrement sont exposées ? D'où viennent donc nos précautions ? J'en avois rendu la raison ?; etsi l'on avoit voulu la comprendre on auroit épargné beaucoup de paroles inutiles. J'avois done représenté qu'encore que danse fond il ne puisse plus rien arriver de fácheux ni d'ignominieux à Jésus- Christ , « le respect que nous lui devons veut qu'autant qu'il est en nous, nous ne le mettions qu'oü il veut être. C'est l'homme qu'il cherche; et loin d'avoir horreur de notre chair qu'il a eréée, qu'il a rachetée, qu'il a prise en se faisant homme, il s'en approche volontiers pour la sanctifier. Ainsi tout ce qui a rapport à cet usage l'honore, parce que c'est une dépendance de la glorieuse qualité de Sauveur du genre humain; mais au contraire nous empéchons, autant qu'il est possible, tout ce qui dérobe à l'homme le corps et le sang de son Sauveur; et c'est la cause des précautions que nous observons à le garder à l'exemple des premiers ehrétiens?, » Voilà ce que j'avois dit sur le sujet de nos précautions. C'est à quoi l'Anonyme devoit répondre, au lieu de perdre le temps à exagérer les inconvéniens où l'altération des espèces mettroit Jésus-Christ , et grossir son livre de choses si vaines et si

clairement réfutées.

ll pousse la chose si loin, que la coutume ancienne de mettre le

1 Jur., Ezam. de l'Euchar., p. 385, 381. — ? Traité de la Commun., I part., n. 12, p. 360 et suiv. — ? Ibid., p. 362.

sacré corps de Notre-Seigneur dans la main de chaque fidèle pour le porter à sa bouche, lui est une preuve contre la présence réelle!. Mais c’est être trop contentieux , que de tirer avantage de ces pratiques indifférentes. Au fond la main des fidéles n'est pas moins précieuse que la bouche. Ill y en avoit autrefois qui croyoient être plus respectueux envers Jésus-Christ, lorsque dans la communion , au lieu de présenter la main, ils apportoient des vaisseaux d'or ou de quelque autre riche matière, pour y recevoir le corps sacré. Cette pratique fut défendue dans le concile tenu Zn Trullo , c'est-à-dire dans le dôme du palais impérial. On y fit ce canon : « Si quelqu'un veut participer au corps immaeulé de Notre-Seigneur, qu'il mette ses mains en forme de croix pour y recevoir la communion : car nous ne recevons pas ceux qui, en présentant au lieu de la main des vaisseaux d'or ou d'autres semblables récéptacles , préfèrent une matière inanimée à l'image de Dieu ?. » On regardoit donc alors comme une marque de respect de recevoir le corps du Sauveur avec la main ; mais ce qu'on regarde en un temps comme une marque de respect , en un autre temps et par d'autres vues peut étre regardé d'une autre sorte ; etil n'ya rien de plus foible ni de plus mauvaise foi que de tirer des argumens de telles pratiques.

Cest donc une extrême foiblesse à nos adversaires de tirer à conséquence la coutume de brüler les restes de l'Eucharistie , rapportée par Hésyehius *,comme étant de l'Eglise de Jérusalem. Altération pour altération, celle du feu n'est pas plus à craindre que les autres. Mais à nos sens elle a quelque chose de plus propre que la moisissure; et c'est pourquoi les fidéles, qui cherchoient toujours pour l'Eucharistie ce qu'il y avoit de plus net, employoient à en consumer les restes le plus pur des élémens. Le Saint-Esprit en avoit donné l'exemple, en ordonnant dans l'Exode que « les restes de l'Agneau pascal seroient consumés par le feu *, » ne trouvant point de manière plus respectueuse et plus pure de consumer une chose sainte. Ainsi on:la transportoit à l'Eucharistie, et de la figure on la faisoit passer à la vérité. Et

1 Anonyme, p. 225. — ? Can. 101; Labb., tom. Vl, col. 1184 et seq. — 3 Hesychius, in Levit., lib. 11, cap. virt. — * Ezod., xu, 10.

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