PARTIE Hl, CHAPITRE VIII
jusqu'aux Indes Orientales. et Occidentales *, voit bien que cette réponse n'a pas lieu en cette occasion, ni en beaucoup d'autres, puisqu'il est contraint d'avouer «que les deux espéces ne se pouvoient pas si bien ni si aisément garder dans la maison pour un long temps : » d’où il conclut « qu'il y avoit une espèce de nécessité dans ces communions domestiques, qui ne permettoit pas toujours l'usage du calice, du moins qu'elle pouvoit se rencontrer assez souvent. » Qu'il apporte tant de correctifs qu'il lui plaira, il a vu enfin que les solitaires étoient dans ce eas et dans ces rencontres : il a vu, dis-je, que ces grands saints, qui communioient si souvent et venoient si peu à l'église pour y renouveler le vin consacré, ne l'emportoient guère (car il a fallu apporter ce petit tempérament à son aveu forcé) et se contentoient de l'espéce du pain. Cependant saint Basile décide, comme nous l'avons remarqué, «que leur communion n'étoit pas moins sainte ni moins parfaite dans leur maison que dans l'église; » et il assure que cette coutume étoit universelle dans toute l'Egypte, et méme dans Alexandrie, oü étoit le siége du patriarche. Et en effet le grand saint Cyrille, qui a présidé dans ce siége quelque temps aprés, compte parmi les erreurs de quelques moines, qu'ils croyoient « que la sanctification mystique ne servoit plus de rien, lorsqu'on réservoit à un autre jour quelque chose du sacrifice.» Ce sont, poursuit-il, « des insensés; car Jésus-Christ ne s'altére pas et son saint corps n'est pas changé; mais la vertu de la bénédiction et sa grace vivifiante y demeurent toujours. » Je pourrois ici faire voir combien sont fortes ces paroles, pour montrer que Jésus-Christ méme se trouve dans l'Eucharistie. Mais afin de me renfermer dans la matière que je traite, je me contente d'observer deux choses : l'une, que ce grand homme traite d'insensés ceux qui croient que la consécration n'a qu'un effet passager dans la matière de l'Eucharistie; et l'autre, qu'il applique cette doctrine en particulier au corps de Jésus-Christ, parce que c’étoit le corps qu'on avoit accoutumé de réserver. L'auteur de la seconde Réponse peut voir ici en passant combien cette coutume, qu'il traite d'abus du sacrement, étoit approuvée. Elle ne l'étoit pas seulement en Orient. ! Anon., p. 115.
Une histoire de saint Benoît rapportée par le pape saint Grégoire, nous fait voir que les moines d'Occident réservoient l'Eucharistie dans leur solitude, mais que c’étoit le corps seul, comme parmi les Orientaux, puisque deux fois en deux lignes il est parlé de la communion du corps de Notre-Seigneur *, et en aucun endroit du sang.
Nous parlerons dans la suite de l'usage qu'on fit de ce sacré corps, en le mettant sur un corps mort en signe dela communion que saint Benoit vouloit bien avoir avec ce défunt. Il ne s'agit ici que de la coutume de la réserve, suivie par saint Benoit et approuvée par saint Grégoire ?. Nous en voyons encore la continualion aussi bien qu'une approbation authentique au commencement du dixième siècle, dans la vie de saint Luc le Jeune ?. Cet admirable solitaire « consulta son évêque de la manière dont les solitaires , qui n'ont point de prétres, doivent recevoir les saints mystères. » L'évéque lui fit cette réponse : « Premièrement, ditil , il faut tâcher d'avoir un prêtre : que si cela ne se peut, lorsqu'il y a un oratoire, il faut mettre sur 1a table ou sur l'autel le vaisseau des Présanctifiés (c'est-à-dire des dons déjà consacrés); et si l'on est dans sa cellule, un banc trés-propre : ensuite aprés avoir étendu un linge, vous mettrez dessus les sacrées parcelles, et en brülant de l'encens vous chanterez des psaumes et l'hymne TROIS FOIS SAINT, avec le Symbole de la foi, c'est-à-dire une partie des prières qu'on disoit dans le sacrifice; et aprés avoir adoré avec trois génuflexions, vous tiendrez la main resserrée (de peur de laisser tomber le don précieux), et vous prendrez dans votre bouche le corps précieux de Jésus-Christ notre Dieu , en disant : AMEN ; et au lieu de la liqueur sacrée, vous boirez du vin; et le calice que vous emploierez à ce ministére ne servira jamais à un usage profane : enfin vous ramasserez dans le linge les autres parcelles, prenant soigneusement garde qu'il ne tombe à terre quelque marguerite ou quelque perle, c’est-à-dire quelque parcelle du corps de Notre-Seigneur. » C'est ainsi que les Grees appellent encore les morceaux du corps précieux. M. de la Roque
1 Dial., lib. 1I, cap. xxiv. — ? Auctuar. Bibl. Pat., Combefis, tom. II, p. 986. 3 Bolland., tom. Il, febru,