PARTIE II, CHAPITRE VIII
a vu ce passage dans son Histoire de l'Eucharistie*, et il se tire, comme il peut, de l'adoration et de tout le culte que ce saint moine rendoit à Jésus-Christ présent. Mais ce qui fait à notre sujet, c'est qu'on y voit clairement selon la tradition des siècles précédens , que les solitaires ne réservoient qu'une seule espéce, ne communioient que sous une seule espèce, n'employoient ensuite le vin que par forme d'ablution comme nous; et que la coupe qu'on employoit à cet usage , encore qu'elle ne servit qu'indirectement à l'Eucharistie, cessoit d'étre profane, tant il y a de sainteté dans ce mystère, et tant il en rejaillit pour ainsi dire de tous côtés.
Le méme M. de la Roque récite dans ce même lieu quelques mots de l'Histoire de sainte Théoctiste, sainte solitaire, qui vivoit au commencement du dixième siècle. Mais je veux bien ici transcrire le passage entier. Celui qui raconte cette histoire rapporte que, l'ayant rencontrée dans une solitude de l'ile de Crète, «elle le pria de lui apporter l'année suivante, quand il y feroit un voyage, un des dons immaculés du corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ ?; » c'est qu'on le divisoit en certains morceaux, qu'on appeloit dons. « Je passai, poursuit-il, dans l'ile, ayant pris dans une boite une partie de la divine chair de Notre-Seigneur pour la porter à la bienhéureuse. Aussitôt que je la vis, je me jetai à terre, mais elle me dit : Gardez-vous-en bien, puisque vous portez le don divin. Aprés qu'elle m'eut relevé, je tirai la boite avec la chair de Notre-Seigueur. Alors s'étant prosternée sur la terre, elle pritle don divin, et s'écria : O Seigneur, laissez maintenant aller en paix votre servante, puisque mes yeux ont vu leSauveur que vous nous avez donné.» Lorsque M. dela Roque ramassoit ces choses dans son Histoire de U Eucharistie, il ne songeoit qu'à se débarrasser de l'adoration que ces saints rendoient à l'Eucharistie; mais au reste il croyoit encore que la communion domestique, surtout celle des solitaires, se faisoit sous une espéce; s'il eüt songé à tous ces exemples quand il a fait sa Réponse au Traité de la Communion sous les deux espèces, il ne se seroit pas dédit. Pour l'auteur de la seconde Réponse, je ne pense pas à pré-
1 La Roq., II part., chap. 1v, p. 540. — ? Apud Metaph., Vita S. Theoctiste, cap, XII ; Sur., 10 nov., cap. XIII, XIV.
sent qu'il se repente d'avoir avoué, quoiqu'avec peine, que les solitaires ne pouvoient guére emporter qu'une seule espéce; et s’il retranche quelque chose dans son expression, ee ne sera que le guére. |