PARTIE II, CHAPITRE XII
mêmes termes. On y voit que le saint martyr « ne voulut jamais découvrir à des infidèles qu'il rencontra dans son chemin, les sacremens du corps de Notre-Seigneur qu'il portoit, ni jeter les perles devant ces pourceaux. » Dieu méme l'aida à cacher ce que les infidèles ne devoient pas voir, et « après qu'ils l'eurent tué à coups de bâton et à coups de pierres , quelque soin qu'ils prissent de chercher, ils ne trouvèrent , ni dans ses mains ni dans ses habits, aucune parcelle des sacremens de Jésus-Christ;» mot à mot, rien des sacremens , rien des mystères, NIBIL MYSTERIORUM , NIHIL SACRAMENTORUM , dont on auroit dà naturellement apercevoir les restes et les particules dans ses mains ou dans ses habits, quelque soin qu'il eût pris de cacher ce sacré dépôt. Aussi est-il seulement parlé du corps, quoiqu'on mette au pluriel les mystères, ou les sacremens , que le langage ecclésiastique emploie indifféremment dans les deux nombres.
La réserve sous la seule espéce du pain , n'est pas moins claire dans les Actes des saints martyrs de Nicomédie, Domna et Indes ?. Les magistrats visitèrent « la maison où demeuroit sainte Domne avec l'eunuque Indes qui la servoit. » « On y trouva une croix , le livre des Actes des Apôtres, deux nappes étendues à plate-terre avec une lampe, un coffre de bois, oü ils mettoient l'oblation sainte qu'ils recevoient ; on n'y trouva point l'oblation qu'ils avoient eu soin de consumer. »
"l'auteur de la seconde Réponse , effrayé de cette croix et de cette lampe , dont sa religion ne lui apprend pas l'usage , s'emporte contre Métaphraste , dont il croit que j'ai tiré ce récit ; mais sans approuver le mépris extréme qu'il témoigne pour cet auteur, dont nous avons tant de restes précieux des anciens Actes et tant de choses où l'on ressent la plus pure antiquité, pour peu qu'il eût pris garde à ce qu'il lisoit, il eût vu que je ne parle en aucune sorte de la longue histoire de ces saints martyrs que l'on trouve chez Métaphraste. Je ne cite que des actes trés-courts , trés-anciens, trés-purs, où tout respire la piété et la simplicité ancienne, que Baronius a produits et qui se trouvent dans les bibliothèques.
1 Sur., 2 aug., cap. xit, Martyr. Adon, Rom., Bed., 15 aug. — ? Ap. Baron., an. 293. Vid. Boll. et Mombrit.
Ces. Messieurs ne veuleut pas croire ce que j'ai dit‘, que le terme d'oblation sainte, sancta oblatio , et dans les temps un peu plus bas , sancta oblata , au féminin, signifie le corps de Notre-Seigneur. La chose est pourtant constante. On n'a qu'à ouvrir l'Ordre Romain , les Saeramentaires , et enfin les autres livres de cette nature , on y trouvera à toutes les pages l'oblation sainte , manifestement distinguée du saint calice et du breuvage sacré ; et ceux qui ne voudront pas prendre cette peine, peuvent voir le mot oblata dans le docte dictionnaire de M. du Cange, qui confirme ce que j'avois dit aprés les maîtres. Si l'on n'est pas satisfait des exemples que l'on y trouvera, je m'offre d'en montrer par centaines. Mais je ne crois pas que des gens instruits m'obligent à cette recherche. On ne s'étonnera pas après cela que ceux qui ont traduit de grec en latin les Actes des saints martyrs , dont nous parlons , aient suivi cet usage ecclésiastique , et qu'ils aient exprimé le corps de Notre-Seigneur, ou le mot qui se trouvoit dans l'original, par le mot d'oblation sainte, selon le langage de l'Eglise. CHAPITRE XIII.
Suite : Vie de sainte Eudoxe.
La Vie de sainte Eudoxe, vierge et martyre, nous a été donnée par Bollandus, et le manuscrit grec d’où il l'a tirée a environ mille ans. Nous y trouvons que cette vierge « cherchée par des soldats au lieu de retraite où elle s'étoit renfermée , avant que de se mettre entre leurs mains, entra dans l'oratoire et qu'ayant ouvert le coffret où l’on gardoit le don des restes du saint corps de Jésus-Christ, elle en prit une particule qu'elle cacha dans son sein , et qu'ensuite elle ne craignit pas d'aller avec ceux qui vouloient l'emmener?. » Et un peu aprés : « Comme les soldats la dépouillérent et la mirent à demi nue, le saint et vénérable don de Jésus-Christ, c'est-à-dire la particule de l'Eucharistie tomba de son sein. On la relevaet on l'apporta au président ; mais il n'eut pas plutót approché ses mains du gage sacré qu'il se changea en feu. »
1 Traité de la Commun., | part. n. 2, p. 257. — ?Bolland., tom: I Mart., p. 19 Vite, cap. xit, xii, ez Miss. Vatic. ;