‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 256 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XIII

Ainsi voyons-nous.dans saint Cyprien « qu'une femme ayant ou» vert d'une main indigne le coffret où étoit le Saint du Seigneur, il en sortit une flamme dont elle fut effrayée :. » Et encore en ce méme endroit « qu'une autre , qui osa prendre en mauvais état le Saint du Seigneur, ne put nile manger nile manier, et ne trouva que des cendres en ses mains. » Nous voyons ici le méme coffret, la méme chose sainte, le méme feu allumé contre les profanateurs de l'Eucharistie. Voilà ce que gardoient les saints martyrs dès le second siécle de l'Eglise. Car sainte Eudoxe souffrit en ce temps-là.

Voilà ce qu'ils recevoient tous les jours. De ridicules critiques diront peut-étre qu'on trouve dans ce récit des mots et méme des €hoses qui sont nées beaucoup au-dessous de ces premiers siècles, comme , par exemple, le mot asceterium , qui signifie monastère et l'oratoire où l’on gardoit les dons sacrés ; mais qu'il y ait eu de tout temps des vierges sacrées qui vivoient dans une extrême retraite, c'est ce qu'on ne peut révoquer en doute. Il ne leur étoit pas difficile de se mettre trois ou quatre ensemble et méme davantage, si elles vouloient, dans une méme maison. Encore qu'il n'y eüt pas des monastères en forme, comme on en a vu depuis la paix de l'Eglise, il ne faudroit pas s'étonner que les auteurs qui ont tiré ces histoires des anciens Actes, pour mieux faire entendre les choses, se soient servis des mots qui étoient connus de leur temps. C'est ainsi que nous voyons dans les Actes du martyre de saint Boniface d'une trés-grande antiquité, le monastère où Aglaé se retira; et à prendre les choses par le fond , dans l'extrême régularité et l'extrême retraite que gardoient les vierges chrétiennes , pour ne pas dire la plupart des chrétiens, on pourroit plutôt dire que toutes leurs maisons étoient des monastères que de dire qu'il n’y en avoit point du tout alors. C'est ce qui fait qu'on trouve quelquefois ces mots dans les récits tirés ou traduits des anciens Actes ; et ceux qui les rejettent sous ce prétexte, n'ont aucun goût de la piété ni de l'antiquité chrétienne. Au reste il n'y auroit rien d'extraordinaire qu'il y ait eu un lieu particulièrement destiné à la réserve de l'Eucharistie, ni qu'on ait donné à

1 De Lapsis, p. 189.

ce lieu un nom saint et religieux ; mais enfin , quoi qu'il en soit, on ne peut révoquer en doute, aprés tant d'autorités et tant d'exemples , que la réserve de l'Eucharistie ne se fit sous une seule espèce par toute l'Eglise, dès les premiers temps du christianisme. Nos adversaires n'ont pas pu tout à fait nier ce fait décisif. L'auteur de la seconde Réponse nous le passe pour les solitaires , et il à paru clairement qu'il n'y a pas plus de raison de le contester pour les autres. M. de la Roque , qui aprés l'avoir établi dans son Histoire de l'Eucharistie par tant de beaux témoignages, s’est enfin avisé ici dele nier, apporte tant d'autres réponses, et les défend avec tant de soin, qu'on voit bien qu'il ne met pas en celleci sa principale défense. Mais afin que tout ce qu'il y a de gens de bon sens et de bonne foi parmi nos Fréres errans reconnoissent dorénavant un fait si certain, levons-leur la difficulté principale qui les en empéche.

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