PARTIE II, CHAPITRE XVI
anges. » On ne peut rien voir de plus clair. Saint Honorat , averti d'en haut, porte au Saint ce qu'on avoit accoutumé de porter aux malades à cette heure, car c'étoit dans le milieu de la nuit. Dans cet empressement, car le Saint alloit mourir, il n'y avoit pas assez de temps pour offrir le sacrifice, et c’étoit le cas de porter ce qu'on avoit. accoutumé de réserver, c'est-à-dire le corps seul, ce qu'en effet nous avons vu qu'on avoit porté à Sérapion. C'est aussi ce corps divin qu'Honorat porta à saint Ambroise. C'est pourquoi l'historien dit distinctement «qu’il présenta au Saint le corps de Notre-Seigneur, que le Saint le prit » de la main, comme c'étoit la coutume : « qu'aussitót aprés qu'il l'eut avalé, » uni GLUTIVIT, lerme qui convient naturellement aux choses solides, «il rendit l'esprit, » muni de ce Viatique et fortifié de cette viande, ESCA ; de sorte que tout détermine au corps seul. Si saint Ambroise étoit mort aussitôt aprés avoir pris le sang, il eût fallu se servir d'un autre tour, et dire qu'à peine eut-il avalé la sainte liqueur il expira ; mais non : c'est aussitôt aprés qu'il eut englouti le corps, comme une viande dont on est avide. Que M. de la Roque, que l’auteur de la seconde Réponse , à l'exemple de leurs confréres, ramassent, tant qu'il leur plaira, des exemples de la synecdoque et de la partie prise pour le tout. Qui jamais a douté qu'il n’y en eût? Mais c'est l'erreur perpétuelle de ces Messieurs, de conclure qu'il y a figure dans un endroit, paree qu'il y en a dans d'autres ; ce qui est confondre tout le langage humain. Il faut voir si la figure convient au lieu : si, par exemple, la syneedoque peut étre placée en cet endroit de l'histoire de saint Ambroise. Ces Messieurs le sentent bien ; et s'ils parlent encore un peu de la synecdoque!, c'est pour ne se pas Óter tout à fait cette échappatoire. Mais au fond, ils sentent bien qu'il n'y a rien ici de supprimé : l’action est toute expliquée. On voit distinetement le corps présenté : le corps pris dans la main : le corps avalé et aussitôt après la mort. C'est pourquoi M. de la Roque nous dit le premier avec Calixte, que saint Ambroise prévenu de la mort, après avoir recu le corps du Seigneur, n'eut pas le temps de recevoir l'autre symbole: « que le récit de Paulin nous conduit là directement , 1 La Roq., p. 108, 109; Anonyme, p. 443.
puisqu'il dit expressément que le malade n'eut pas plutôt recu le corps du Seigneur, qu'il rendit l'esprit. Il ne pouvoit, poursuit-il, mieux faire voir qu'on n'eut pas le temps de lui faire avaler le vin sacré 5. » Et l'auteur de la seconde Réponse :-« Je veux que saint Ambroise ne recut que le pain. M. Bossuet eüt-il voulu qu'on eüt fait avaler le vin sacré à un homme mort, puisque Paulin dit qu'aussitót qu'il eut avalé le pain, il expira *?» Il est donc enfin avéré que saint Ambroise ne communia que sous l’espèce du pain. Mais si l'autre ne lui eùt manqué que parce que ia mort ne lui laissa pas le temps de la prendre, de bonne foi l'historien n'auroit-il pas naturellement marqué cette circonstance ? N’auroit-il pas dit que la mort suivit de si près la réception du corps, qu'il n'y eut pas méme de temps pour lui faire prendre le sang qu'on lui avoit apporté selon la coutume , supposé qu'en effet ce füt la coutume? Mais au contraire il nous représente son saint évêque comme n'ayant plus rien à désirer, aprés avoir recu le corps du Sauveur. Saint Honorat est averti par une voix céleste, et trois fois de suite, d'aller vite, parce que le saint homme alloit expirer. Dieu ne vouloit pas qu'il, manquát des consolations que les chrétiens avoient accoutumé de désirer, et de recevoir en cet état. Les œuvres, dont Dieu se mêle d'une facon si miraculeuse, s’accomplissent, et il paroit que saint Ambroise n'attendoit. que l'effet de ce dernier soin pour aller à Dieu.
L'auteur de la seconde Réponse s'en prend à saint Honorat , «qui attendit trop à communier le malade ?, » et qui fut cause par son retardement «que saint Ambroise n'eut pas le temps de recevoir le calice. » Il ajoute qu'il ne doute pas « que Dieu n'eüt bien voulu le conserver jusqu'à ce moment-là, afin de lui donner la consolation de mourir dans la communion de son Sauveur; mais que c'étoit aussi tout ce qu'il pouvoit légitimement désirer, et que Dieu düt faire un miracle pour le conserver en vie jusqu'à ce qu'il eût pris le calice, il ne le croit pas.» Que veut-il dire? A la rigueur saint Ambroise n'avoit pas besoin de ce miracle; et quand il seroit mort sans communier, sa bonne volonté lui eüt servi devant Dieu. Mais puisque Dieu vouloit faire un miracle, afin que cette
1 La Roq., p. 110, 111. — ? Anonyme, p. 142, — 3 Ibid.