PARTIE II, CHAPITRE XVI
bonne volonté eüt son effet, son œuvre ne devoit pas demeurer imparfaite. Pourquoi inquiéter ici saint Honorat, dont la mémoire doit étre vénérable pour cela méme que saint Ambroise le choisit, parmi tant de saints évéques de là province, pour mourir entre ses bras? Au lieu, dit-on, « de veiller et de prier auprés de son malade, et en tous cas de dormir dans une chaise auprés de son lit, il dort dans une chambre haute. Une voix céleste n'est pas capable de le réveiller, non pas méme une seconde fois : il faut qu'elle éclate une troisième pour le tirer du lit, et il attend le dernier moment de la vie d'un malade pour lui donner la communion, au lieu de lalui donner dans le temps qu'il est encore dans son bon sens !.» Ne diroit-on pas à l'entendre que saint Ambroise avoit perdu la connoissance, quand son saint confrère lui apporta la communion? Mais doit-on accuser un homme épuisé par les veilles précédentes si, pour amasser de nouvelles forces, il va prendre un peu de repos; Dieu méme le permettant ainsi, afin de montrer qu'il veille toujours sur ses serviteurs, pendant que ceux qui les gardent accablés de l'infirmité de la nature, sont contraints de céder au sommeil? Mais quel excès de chagrin fait dire à cet auteur emporté que saint Honorat, paresseux et endormi, se laisse à peine tirer de son lit par une voix divine, et se fait tirer l'oreille par trois fois 2? Si notre auteur est embarrassé dans une difficulté où il ne voit point de sortie, il ne faut pas qu’un saint évêque en porte la peine. Dans les choses extraordinaires, on est surpris d'abord: on ne sait encore ce que c’est. Saint Pierre méme, quand l'ange le vient éveiller pour le tirer de prison, en mettant ses habits, en suivant l'ange qui le remenoit à sa maison, ne sait s'il veille ou s'il dort encore; et il «s’imagine, que ce qu'il voit si réellement, n'est qu'un songe ?*. » Quy a-t-il donc à s'étonner, si le saint évéque de Verceil, étonné d'une voix extraordinaire, ne sait pas d'abord ce que c'est, et si Dieu le permet ainsi pour ensuite se faire sentir d'une manière plus vive et plus puissante? Mais puisque Dieu s'en méle si visiblement, tout s'accomplira dans le temps. Le monde aura un exemple d'une Providence qui sait donner à ceux qu'elle honore 1 Anonyme, p. 152. — ? Ibid., p. 142, — 1 Act., xit, 9.
d'un regard particulier, tout ce que leur piété leur fait désirer.
Faisons ici un peu de réflexion sur les deux exemples que nous venons de voir, je veux dire sur celui de Sérapion et sur celui de saint Ambroise, et comparons-les avecles autres que nous avons considérés dans les chapitres précédens. Souvenons-nous du passage de saint Justin et des messes que l'on disoit exprés, quand on le pouvoit, pour communier les malades, et que les malades disoient eux-mémes, s'ils étoient prétres, comme le fit saint Paulin évéque de Nole, dans l'àge méme de saint Ambroise. Nous avons vu dans saint Justin l'Eucharistie portée aux absens sous les deux espèces ; mais nous avons vu aussi que c’étoit en sortant du sacrifice. Les deux espèces nous ont paru aussi distinctement marquées dans quarante ou cinquante exemples de communions de malades; mais il ne nous a pas paru moins clairement que c’étoit à l'heure de la messe qu'on les distribuoit ainsi. C'en est assez pour nous convaincre que lorsqu'on les trouvoit distribuées toutes deux, c'étoit aussi la coutume de les exprimer l'une et l'autre. Si donc il n'en est parlé, ni dans la communion de Sérapion, ni dans celle de saint Ambroise ; et si nous voyons clairement au contraire qu'ils n'ont recu que le corps, c'est que les circonstances étoient différentes : c'est que Sérapion et saint Ambroise furent pressés de la maladie dans un temps où l'on ne pouvoit offrir le sacrifice, au milieu de la nuit, comme Eusébele dit distinctement de Sérapion, et le diacre Paulin de saint Ambroise ; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les choses étoient dans une extrémité où il n'y avoit pas un moment à perdre, où l'on n'avoit pas le temps d'offrir ni de consacrer, où constamment on ne le fit pas, oà par conséquent on ne put donner que l'Eucharistie réservée. C'est alors qu'on ne voit paroitre que le corps seul; et l'on ne veut pas que nous voyions dans ces deux exemples la coutume dont il s'agit!
On a beau dire que nous ne citons que deux exemples. Car pour ne point encore parler de tous les canons, de toutes les observances, et enfin detousles passages dont ces deux exemples sont soutenus : ces deux exemples, sans aller plus loin , nous sont donnés comme n'ayant rien que de trés-commun et de très-recu