PARTIE II, CHAPITRE XVII
la communion domestique s’est faite sous une espèce : ce qui étant établi, loin qu’on puisse dire que la communion se fit toujours nécessairement sous les deux symboles , il paroît au contraire, du moins dans les premiers siècles, qu’elle étoit plus ordinaire sous un seul que sous les deux, puisque durant les persécutions , la communion domestique , qui se faisoit tous les jours, étoit sans comparaison plus fréquente que la communion dans les assemblées, que la persécution rendoit plus difficiles et plus rares.
Ainsi quand je verrai dans les Pères que l'on offre, que l'on consacre , que l’on fait le corps de Notre-Seigneur, sans parler du sang , j'entendrai nécessairement par la figure synecdoque l'un des symboles exprimé par l’autre, parce qu’on ne vit jamais aucune occasion ni aucun exemple où l'on ait offert et consacré le sacrement , sans en offrir et consacrer les deux parties, et que selon toute la tradition c'est précisément dans les deux espéces que consiste le sacrifice. Mais comme il n'en est pas de méme de la communion et que dés les premiers siècles , il s'en faisoit tous les jours, et des milliers , sous une espèce, il paroit qu'en cette occasion l'une des espèces ne ramène pas l'idée de l'autre ; et par conséquent que la figure dont il s'agit n'y convient pas; et je prie qu'on remarque bien ce principe , parce qu'il en naitra bientót de merveilleuses conséquences et un entier éclaireissement de la vérité.
Ma seconde raison est tirée de ce que, dés l'origine du christianisme, je trouve perpétuellement et constamment la partie solide du sacrement nommée seule sous le nom de pain ou de corps, ou d'autres termes équivalens dans un certain eas déterminé , qui est le cas de la réserve , et en particulier de celle qu'il falloit faire né-
cessairement pour les malades, pour qui le temps ne permettoit * pas qu'on offrit le sacrifice , ni qu'on en attendit l'heure. Car c'est ce qui fait paroitre que l'expression que l'on fait dans le discours de cette partie solide du sacrement , ne vient pas d'une figure arbitraire , mais d'un usage réglé, qui étoit né d'une difficulté particulière , c’est-à-dire de celle qu'on trouvoit à garder longtemps l'autre espèce ; difficulté si véritable , qu'il a fallu enfin en convenir, comme je l'ai déjà marqué. Car l'Anonyme, qui paroit le plus
difficile sur ce sujet, ne laisse pas d'avouer, ce qui est aussi trop visible pour être nié, « que le pain se pouvoit mieux et piss longtemps conserver que le vin';» ce qui l'oblige aussi à à rejeter, « sur une espèce de nécessité, » la coutume de ne prendre que le pain sacré dans les communions domestiques, du moins « en plusieurs rencontres,» parce que « les deux espèces ne se pouvoient ni si bien ni si aisément garder?. » Il ne s'agit donc pas de chercher ici une nécessité absolue , et il suffit qu'il y ait une espéce de nécessité : il ne s'agit pas non plus de savoir si, absolument parlant, on peut garder le vin : c’est assez qu'on ne le peut garder, ni si longtemps, ni si bien, ni si aisément. L'Eglise , qui vouloit rendre la communion facile à ses enfans, se contente de cette espèce de nécessité ; et si elle s'en contentoit pour accorder la réserve de l'Eucharistie sous une espèce à ceux qui se portoient bien , à plus forte raison doit-on croire qu'elle s'en sera contentée pour faciliter la communion des malades, qui dans de plus grands besoins avoient moins de commodité de s'ajuster aux heures du sacrifice.
Ce n'est donc qu'à ce besoin qu'il faut attribuer la différence qu'on trouve entre la communion de tant de mourans, et celle de Sérapion et de saint Ambroise. Ce n'est point par une bizarrerie du style, ni par l'usage arbitraire d'une figure , qu'on trouve les deux espèces exprimées dans les communions des premiers, au lieu qu'on n'en trouve. qu'une seule dans la eommunion des autres. C'est , comme je l'ai déjà dit, que les uns ayant communié sans étre surpris ni pressés , à l'heure du sacrifice, on leur a pu donner naturellement ce qu'on y venoit de consaerer ; et qu'au contraire les autres pressés de communier au milieu de la nui sans qu'on eüt un moment à attendre , on ne leur a pu do ne que la partie du sacrement , qu'une espèce de nécessité ol à réserver seule , c'est-à-dire le pain sacré. Ce n'est point] pa sard , ni par négligence, ni pour abréger le discours, que dans ces communions on n'a fait mention que du pain ; au contraire c'est avec dessein, et pour exprimer ce qui se faisoit ordinairement dans l'Eglise.
! Anonyme, p. 169. — ? p. 215.