CHAPITRE XVIII. Examen des endroits où il est parlé de la Réserve
Ce raisonnement paroitra d'autant plus fort, qu'en examinant toute la suite où il est parlé de la réserve, nous n'y voyons partout que le pain sacré. Cette recherche se peut faire , ou selon les vrais principes, ou selon les suppositions de nos adversaires. Selon les vrais principes, la réserve est aussi ancienne que l'Eglise. La communion domestique, que personne ne révoque en doute , rend cette vérité incontestable; et nous avons remarqué qu'aprés une réserve si universelle pour ceux qui se portoient bien, c'est trop abuser le monde que de vouloir chicaner sur celle qu'on faisoit pour les malades. Il est pourtant véritable que nos adversaires ont porté leur chicane jusque-là. Quoique la communion de Sérapion et de saint Ambroise , où la réserve est si manifeste, nous soient montrées comme des choses usitées et auxquelles tout le monde étoit accoutumé , ces Messieurs les veulent faire passer pour extraordinaires. ll est vrai qu'ils n'ont pu nier que les canons de Nicée et de Carthage n'ordonnassent la communion pour les malades comme une chose ordinaire; mais plutót que d'admettre la réserve, M. de la Roque a prétendu malgré toute l'antiquité, qu'autant de fois qu'on donnoit l'Eucharistie aux malades on la consacroit dans leur maison; et enfin apres avoir parcouru tous les siècles l'un après l'autre, pour chercher le commencement de la réserve pour les malades, il ne trouve de point où la fixer que peut-être à la fin du septième siècle*.
Nous avons déjà montré qu'une telle prétention est une illu- | nifeste , et la suite découvrira davantage combien ce mibuse le monde par une recherche apparente de l'antiquité. Mais afin que la vérité paroisse en toute maniére et en toute supposition , on suppose avec lui que la réserve, qu'il a voulu nous contester dans les premiers siècles , a commencé à la fin du septième. Si je prouve que dans ces temps et dans les suivans on ne la trouve que sous la seule espèce du pain , ce sera une convic-
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lion que le vrai esprit de l'Eglise étoit de le faire de cette sorte ; et cette preuve jointe à celle qu'on tire de la communion domestique, et de celle de Sérapion et de saint Ambroise, où l'on ne voit pareillement que le pain sacré, achévera la démonstration de la pratique de tous les siècles, et fera voir la chaîne entière de la tradition. Or la chose me sera facile, en suivant M. dela Roque dans la recherche qu'il a faite de cette matière.
ll dit done que ce qu'il n’a pu trouver dans les six premiers siècles, nous le trouverons infailliblement dans les suivans * ; » et qu'en effet, vers la fin du septième siècle, il lui paroit « quelques acheminemens à la réserve de l'Eucharistie, quoiqu'il n'y ait rien de formel ni de positif pour les malades. » ll en allègue deux exemples : l'un dans l'institution de l'office des Présanctifiés, qu'il attribue faussement, comme nous verrons ailleurs, at concile tenu à Constantinople in Trullo, dans le dôme du palais impérial, en 692; l'autre en l'an 693, dans le concile xvi de Tolède ?,
Notre auteur remet à parler de l'office des Présanctifiés à un lieu plus propre #, où nous en traiterons aussi avec lui. Pour le concile de Toléde, le ministre avoue qu'il y est réglé que le pain sacré sera d'une moyenne grandeur, « afin que ce qui en restera puisse étre gardé plus facilement, sans qu'il y soit fait aucun tort, ABSQUE ALIQUA INJURIA, en quelque petit endroit, ou dans quelque sachet moyen. » Voilà comment ce ministre traduit le mot modico loculo, quise trouve dans le canon ; et il omet ce qu'on y trouve aussi, absque aliquà injurid, ce qui est mis pour exclure toute négligence et toute irrévérence.
Ce ministre remarque qu'il n'est point dit dans ce canon à quelle fin on gardoit ces restes sacrés, et qu'on n'y parle non i ni de boite, ni d'autre vaisseau destiné à le garder. Je ne sais s ne voudroit pas insinuer qu'on ne faisoit pas grand cas de : restes du pain consacré, puisqu'on les mettoit dans un sachet ou dans un petit endroit. Mais pour ce qui est du petit endroit, il pouvoit être très-orné ; et l’on ne peut douter qu'il ne füt trèspropre, puisque le concile explique si bien que le corps de Notre-
1 La Roq., p. 61. — ? Cone. Tolet. xvi, can. 6; vid. Conc., Labb., tom. VI, col. 1340. — ? La Roq.; p. 62, 63.